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LETTRE ASAF 14/11 : Armée française : la saignée de trop

 

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LETTRE ASAF 14/11 : Armée française : la saignée de trop

 

Très récemment, les chefs d’état-major ont réaffirmé avec force devant les commissions parlementaires de la Défense que notre armée ne peut rester cohérente que si les ressources financières prévues dans la loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019 sont strictement respectées.

Le chef de l’État, chef des armées, a déclaré à plusieurs reprises que ces ressources étaient « sanctuarisées » : dont acte. Mais alors pourquoi ces déclarations ambiguës, voire contradictoires et récurrentes de Bercy ? Comment un haut responsable politique peut-il tenir des propos, à ce point contraires à ceux du chef de l’État et qui pourraient faire croire  à un jeu de rôle convenu entre la Défense et les Finances ?

Les chiffres
En réalité, derrière la question des ressources financières se profile celle de la réduction des effectifs (26 000 d’ici 2019), d’autant que, après les coupes de la précédente LPM (54 000 entre 2009 et 2014), les armées sont affaiblies, les marges de manœuvre inexistantes et les capacités déjà entamées : réactivité, action dans la durée, savoir-faire opérationnels.

Au delà des chiffres
Toutes les armées sont concernées mais l’armée de Terre est la plus touchée. En effet, si tout le monde comprend bien qu’il y a dans la Marine des bâtiments de différents types (sous-marins, frégates, bâtiments de projection et de commandement…) et dans l’armée de l’Air des avions dont les capacités sont très spécifiques (défense aérienne, transport, appui, détection aéroportée…), nombreux sont ceux qui pensent que les soldats de l’armée de Terre sont encore pléthoriques, interchangeables et peu spécialisés. La célébration du centenaire de la Grande Guerre contribue-t-elle à maintenir cette grossière contre-vérité dans l’esprit de trop de Français, y compris dans celui de nombreux responsables politiques ?

Comment ne pas comprendre qu’il existe dans l’armée de Terre des régiments également très spécialisés et que l’on ne peut pas les employer indifféremment ? Comment faire comprendre en outre que l’on doit combiner, pour chaque opération, voire pour chaque action de combat, tout ou partie de ces régiments pour constituer des forces cohérentes, taillées sur mesure et que cela ne s’improvise pas ?

Les exigences opérationnelles
Si l’on devait prendre en comparaison une équipe nationale de sport collectif de 7, 11 ou 15 joueurs, qui se prépare à affronter un adversaire connu, visible, sur un terrain sans embûche, dans un jeu dont les règles sont claires et respectées, et dans un affrontement dont la défaite ne se traduit pas par des morts, on mesurerait le long processus qu’imposent la formation, l’entraînement individuel et collectif, l’aguerrissement et la préparation spécifique des forces qui sont engagées dans les combats d’aujourd’hui.

Pour permettre aux forces de mener ces opérations de guerre avec succès, malgré des effectifs projetés toujours comptés au plus juste, en limitant les risques de pertes au strict minimum face à des groupes de terroristes bien équipés, souvent aguerris et dans des conflits qui durent au moins 10 ans, il faut, disposer en réserve, d’effectifs suffisamment importants pour assurer tout à la fois les relèves et être en mesure de faire face, sans préavis, à une crise nouvelle tant en France qu’à l’étranger.

Comprendre et accepter la réalité
C’est ainsi que, pendant qu’un régiment (ou une brigade) est engagé en opération, un autre doit être en alerte et un autre en phase de préparation opérationnelle spécifique. Mais après l’engagement, il faut remettre en condition le personnel et le matériel, faire les changements de personnels qui s’imposent, c'est-à-dire remplacer les soldats en « fin de contrat » par de nouvelles recrues, reprendre le cycle de l’instruction individuelle, collective puis l’entraînement et l’aguerrissement.

Bref, pour une unité en opération extérieure, voire en mission de sécurité en métropole ou Outre-mer, c’est au moins quatre ou cinq autres qu’il faut pour garantir la qualité de nos unités de combat, la capitalisation et la transmission de leur expérience. Ce ratio est d’ailleurs comparable, par exemple, à celui des équipages de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins qui requièrent, non seulement des spécialistes, mais des équipes très bien entraînées à la manœuvre d’ensemble.

Mise en garde
Continuer à réduire des effectifs devenus squelettiques suite aux coupes claires de la loi précédente conduit inexorablement à fragiliser, voire à disloquer notre outil de Défense et à diminuer son niveau qualitatif ainsi que ses compétences, dont certaines disparaîtront alors définitivement. Les Français doivent le savoir et en mesurer toutes les conséquences.

LA REDACTION