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Le moral en berne de l’Armée Française

Soldats maliens en tête, le défilé du 14 juillet sera comme les précédents un beau jour pour l’armée française. Mais, derrière le faste habituel, le moral des militaires est en berne.Le succès e l’opération « Serval » au Mali, célébré à l’envie par les responsables politiques , ne parvient pas à apaiser un climat tendu. L’institution est une nouvelle fois en chantier. Le budget baisse : il est gelé en valeur à 31,4 milliards d’euros pour trois ans. De fortes réductions d’effectifs sont inscrites dans la loi de programmation militaire qui sera présentée en conseil des ministres le 2 août.

 Le ministère de la défense engage la réforme sous la double contrainte des restrictions budgétaires et de la stratégie nationale fixée par le Livre blanc publié en avril. Un fois encore les objectifs semblent louables : garantir les opérations militaires, rendre plus efficace l’institution, simplifier son organisation.

« l’enjeu est d’abord de mettre un terme aux dysfonctionnements qui pèsent le plus souvent sur les personnels des armées » indique le ministre de la défense, Jean-Yves Le Driant , dans un document interne. En ligne de mire : l’usine à gaz née de la précédente réforme des »bases de défense » , lancée en 2008 dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP). Personne n’en voit les avantages. »L’opérationnel marche bien, mais pour le reste c’est un bazar. Il n’y a aucune ligne claire de responsabilité, le système est fou » résume-t-on au cabinet de M.Le Drian.

L’énorme dysfonctionnement du calculateur de la paie des militaires , Louvois, est considéré comme un révélateur. « Il avait été jugé peu robuste « et « difficilement exploitable » en 2010, puis en 2012 et « il ne s’est pourtant rien passé ». L’inquiétude porte sur le fait que les cadres de terrain sont décrédibilisés. Pour caricaturer, il est devenu impossible pour un chef de régiment de faire repeindre une chambrée, car ses demandes se perdent.

24 000 emplois civils et militaires seront supprimés d’ici à 2019, en plus des 54 000 (-17%) déjà rayés par la droite. L’objectif est de préserver le plus possibles les unités opérationnelles –bases et régiments ne doivent pas perdre plus de 8 000 emplois. Ce sont donc l’administration centrale (-2400 postes), les services de soutien (-5 000 à 9 000), les états-majors régionaux (-1 000), notamment , qui fourniront l’essentiel des réductions de postes. Mais la défense ne connait toujours pas ses effectifs précisément .Et alors qu’ils diminuent, sa masse salariale progresse (+1 milliard d’euros entre 2009 et 2013 pour 30 000 emplois de moins

Le ministère veut donc centraliser la gestion des ressources humaines sous l’autorité du secrétaire général pour l’administration, au détriment des « employeurs » autrement dit des états-majors. Même schéma pour la direction financière. Ou encore le soutien – l’entretien, la restauration, l’habillement etc..Quant à la maintenance des équipements (un budget annuels de  6, 5 milliards d’euros), elle sera revue de fond à comble, avec l’objectif de faire des économies sur les achats d’armement.

 Les militaires se sentent privés de prérogatives. Ils disent être las de « la  réforme permanente», jugeant que d’autres services de l’Etat ne fournissent pas le même effort. Beaucoup redoutent l’armée à deux vitesses- appelée la »différenciation » dans le Livre blanc : des unités performantes en alerte pour toutes les guerres, cohabiteront avec d’autres moins bien dotées, et donc moins attractives pour les jeunes.

Les officiers ,eux, voient leur horizon se boucher. Le taux d’encadrement, qui a augmenté depuis 2008, va être diminué. « Le problème des cadres, c’est qu’on leur demande de porter la nouvelle réforme tout en leur promettant le billot » note un colonel.

« On est dans une crise profonde du moral » assure le général Vincent Desportes, ancien patron de l’Ecole de guerre. « L’ambiance est à couteaux tirés entre les armées- chacune essayant de tirer son épingle du jeu-la mésentente règne entre la hiérarchie et le cabinet du ministre, des officiers veulent quitter l’institution, la base n’a pas confiance dans la hiérarchie » Pour lui « dans un corps social qui n’est pas autorisé à parler , c’est explosif ».

Des avertissements sont lancés. » Les chefs militaires vont se montrer de plus en plus réticents à accompagner loyalement des réformes aux contours mal assurés » a déclaré le général Elrick Irastorza, ancien chef de l’armée de terre, en évoquant Louvois le  juin devant la commission de la défense de l’Assemblée nationale. » Les armées sont par nature obéissantes. Il ne faudrait pas qu’elles en arrivent à percevoir cette force comme une vulnérabilité » a-t-il ajouté.

 La grogne n’est pas chose nouvelle , tempère Jean-Pierre Maulny, chercheur à l’Institut  de relations internationales et stratégiques (IRIS)mais » plus le gâteau devient petit, plus c’est difficile ». Selon lui, les tensions sont également croissantes entre les opérationnels et les industriels. Les civils ne sont pas en reste. » A un moment donné, il faut arrêter de penser que ce ministère a un problème structurel, il a simplement un problème de pognon » indique pour sa part un représentant de ces personnels.

(article de Nathalie Guibert dans Le Monde du samedi 13   juillet2013 »

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