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Hollande et la dissuasion nucléaire

Dans la pure orthodoxie de la doctrine française, le chef des armées François Hollande a longuement justifié la dissuasion nucléaire, le jeudi 19 février, à Istres (Bouches-du-Rhône). Pour ce discours présidentiel, devenu depuis la chute de l’URSS un rituel de la Vème République, le choix du lieu, comme le moment, ont été pesés.

 Le président avait été le premier depuis Valéry Giscard d’Estaing en 1974, à s’être rendu, aussitôt élu, sur un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) Le Terrible,le 4 juillet 2012.En réaffirmant qu’il sanctuarisait les deux piliers de la dissuasion, la composante océanique poreuse des missiles intercontinentaux M51 et la composante aéroportée avec les missiles ASMPA (air-sol de moyenne portée améliorée), il était attendu qu’il rende hommage aux aviateurs.

 Pour le contexte, les choses étaient moins simples. Au regard du conflit ukrainien, d’abord. Paris veille à ne pas entrer dans une surenchère avec Moscou et l’Elysée ne voulait pas que le discours présidentiel soit lu comme une démonstration opportune de puissance.

 La Russie n’est pas nommée, à la différence de l’Iran. Mais le message est clair : ce qui s’est passé à l’est de l’Europe depuis un an nous rappelle que la paix ne doit jamais être considérée comme acquise » a souligné M.Hollande. Il ajoute : Certains états investissent dans des technologies de nature à fragiliser les équilibres stratégiques. Plusieurs développent des logiques d’influence et de menace militaire dans leur environnement proche, terrestre ou maritime. » Pour le chef de l’Etat, » la réapparition d’une menace étatique majeure pour notre pays ne peut être exclue ».

 L’annexion de la Crimée et la guerre en Ukraine touchent bien à l’ordre international nucléaire, comme l’avaient affirmé dès le printemps 2014 les experts français. Parmi ceux qui ont préparé le discours d’Istres, le directeur de la stratégie au département des applications militaires du Commissariat à l’énergie atomique, Nicolas Roche, soulignait ainsi que la Russie avait violé « avant tout un engagement fondamental pris le 5 décembre 1994 par elle-même, les Etats-Unis et le Royaume-Uni comme Etats dépositaires du traité de non-prolifération nucléaire (TNP), pour compenser la dénucléarisation de l’Ukraine postsoviétique ».

Kiev avait alors renoncé à toute arme nucléaire en échange d’une intégrité garantie par les cinq puissances nucléaires. Vladimir Poutine, lui, a d’emblée qualifié « d’importance vitale » la question ukrainienne, l’élevant au rang stratégique. Dans la pure tradition et après en avoir averti son homologue américain, le président russe a doublé son coup de force en Crimée par un tir d’essai de missile intercontinental nucléaire Topol. L’autre élément de contexte est la prochaine conférence d’examen du TNP, un exercice quinquennal dont la prochaine session est prévue du 27 avril au 22 mai, à New-York. Le chois a été fait d’intervenir avant la conférence.

 Le chef de l’Etat rappelle qu’en matière de désarmement «  la France a été exemplaire, en application du principe de stricte suffisance ». Dans ce cadre, M.Hollande annonce « vouloir aller encore plus loin dans la transparence ».Il précise officiellement, pour la première fois, la composition du stock d’armes nucléaires de la France : celle-ci » dispose de trois lots de 16 missiles portés par sous-marins (mer-sol balistiques stratégiques) et de 54 vecteurs ASMPA ». En outre, le président promet que « la France proposera dans les semaines à venir un projet de traité ambitieux » sur l’arrêt de la production de matières fissiles.

 A l’adresse des Français, M.Hollande a aussi choisi  la continuité pour faire la pédagogie de la singularité nationale héritée du général de Gaulle. Même si pour l’héritage, il n’a cité que l’ancien président socialiste pour rappeler sa propre responsabilité de chef des armées : » en cette matière comme l’avait dit François Mitterand, le chef de l’Etat est le premier citoyen en France à avoir son mot à dire et à décider »

 Le 5 mai 1994 à Paris, François Mitterand avait annoncé la fin des essais, remplacés par la simulation. Le 19 janvier 2006, à l’Ile Longue (Finistère), Jacques Chirac avait – ce queM.Hollande se garde de faire- détaillé la notion d’intérêts vitaux du pays et adressé un message aux « dirigeants d’Etats qui auraient recours à des moyens terroristes contre nous » leur promettant « une réponse ferme et adaptée »Le 21 mars 2008 à Cherbourg (Manche), Nicolas Sarkozy avait annoncé une réduction des armes au nom du principe de »stricte suffisance ». « Pour la composante aéroportée, le nombre d’armes nucléaires, de missiles et d’avions sera réduit d’un tiers » ce qui portait l’arsenal à »moins de 300 têtes nucléaires » Ce seuil demeure.

 Mais en  2015, le chef d’Etat doit apaiser les critiques , vives au sein même des armées , sur le poids de la dissuasion. « Le contexte budgétaire est contraignant pour toutes les dépenses » assure –t-il. La dissuasion représente 12,5 % des 190 milliards d’euros promis par la loi de programmation  militaire pour la période 2014-2019. L’effort s’établit à 11 % du budget de la défense et 23%  de ses investissements. En réalité, ces proportions sont constantes.

 Mais le quinquennat Hollande est charnière. En 2015 s’achève un cycle de modernisation, commencé vingt ans plus tôt, pour lequel le pays aura investi 30 milliards d’euros. Il a permis de lancer les SNLE de la classe Triomphant, puis de les adapter au nouveau missile M51, de faire basculer la dissuasion aéroportée sur le Rafale avec les missile ASMPA, tout en mettant au point les nouvelles têtes nucléaires dites »robustes » élaborées depuis la fin des essais.

 Un nouveau cycle s’ouvre, qui exigera d’autres  décisions , à partir de 2017. Il concerne au premier chef la mise en chantier d’un nouveau type de SNLE pour l’horizon 2035- les études sont lancées. La rénovation des missiles ASMPA est également prévue en 2020, leurs caractéristiques de furtivité et de vitesse  restant  à trancher. M.Hollande évoque non le développement de nouveaux systèmes d’armes , mais une » adaptation »forcément moins coûteuse. Le futur missile M51-3 « permettra que le tonnage des futurs sous-marins reste très proche de celui de nos Triomphant » Il s’agit d’une « modernisation strictement suffisante pour garder la crédibilité de l’outil » décrypte un expert.

Article dans LeMonde du 21 février 2015  de Nathalie Guibert    

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