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Coopération militaire entre Moscou et Paris

Pas question de changer quoique ce soit à la militaire en cours entre la France et la Russie. En dépit de la crise en Ukraine, tel est, pour l’heure, le mot d’ordre présidentiel à Paris.

A l’agenda figure d’ailleurs toujours une réunion, le 18 mars, à Moscou du Conseil de coopération sur les questions de sécurité, instance bilatérale consacrée au dialogue stratégique. Le Conseil associe les ministères de la défense et des affaires étrangères. A l’occasion, une rencontre entre le chef de l’état hôte est normalement prévue. Le Conseil a cependant plusieurs fois déjà été reporté.

Permise pr la volonté de Moscou de moderniser rapidement son outil de défense, pour cela de s’ouvrir à de nouveaux partenaires en Occident, la coopération franco-russe de défense est en plein renouveau. Le symbole a été la vente finalisée en 2011 sous la présidence de Nicolas Sarkosy, de deux «  bâtiments de projection et de commandement » (BPC), des porte-hélicoptères Mistral fabriqués sur les chantiers navals français de STX à Saint- Nazaire (Loire Atlantique). Montant du contrat, 1,3 milliards d’euros.

Au départ , Moscou souhaitait se doter de cinq de ces navires, mais a réduit ses ambitions. Reste que cette vente assortie de matériels de navigation et de radars de dernière technologie, continue de gêner les alliés de la France dans la nouvelle Europe, Pologne et pays baltes en tête. Le commandant de la marine russe n’avait-il pas ironisé qu’avec un BPC , il aurait pu sceller la victoire militaire de 2008 contre la Géorgie « en 40 minutes au lieu de 26 heures »

Par un hasard du calendrier, le premier BPC, le Vladivostok a fait ses essais à la mer le 5 mars. Une dizaine de conseillers d’un prestataire ont déjà été envoyés à Saint- Petersbourg et, à partir de la fin mars, quelque 400 Russes arriveront à Saint-Nazaire pour se familiariser avec le navire. Contrairement à ce qui vient d’être fait pour la frégate Fremm livrée au Maroc, la marine nationale française ne déléguera pas d’équipage de conduite. Le Vladivostok sera livré en octobre, puis sera armé à Saint-Petersbourg avant de rejoindre la flotte russe du Pacifique en 2015.Le deuxième BPC russe sera livré fin 2015.

Au-delà de ce symbole, la coopération recouvre de classiques et régulières réunions d’états-majors. Une visite du chef d’état-major de la marine russe est ainsi prévue en juillet à Paris. Car les troupes des deux pays conduisent des exercices ensemble. Un entraînement opérationnel, totalement inédit, avait mobilisé 60 aviateurs français et leurs Mirage F-1, en août 2013, en Russie : pour la première fois depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, des pilotes français et russes ont volé de conserve »un premier jalon, pour voir » explique l’armée de l’air. Autre exemple, depuis 2005, les marins français participent chaque année à l’exercice naval Fructus avec les Russes, les Américains et les Britanniques. Le prochain est toujours programmé, à l’été, au Royaume-Uni

Mais la coopération bilatérale va  beaucoup plus loin. Dans une conjoncture économique déplorable, Paris compte fortement sur ses exportations de défense. Or, le marché russe est stratégique. Moscou annonce que son budget militaire va croître de plus de 40% dans les trois ans.

 Les grands industriels français du secteur scellent des alliances avec des entreprises russes dans l’électronique de combat des hélicoptères, le contrôle aérien, ou encore la navigation inertielle .De nouveaux transferts de technologie sont au cœur de cette relation. C’est ce qu’a rappelé Dmitri Rogozine, vice-premier ministre russe, cité par Ria Novosti, le 13 février lors du deuxième forum bilatéral de coopération militaire technique à Moscou. » Nous nous trouvons à une étape très importante, marquée par la transition de la coopération militaro-technique, qui se poursuit depuis vingt ans à la coopération technologico-militaire, ce qui est bien plus important » 

(article de Nathalie Guibert dans Le Monde du lundi 10 mars)