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Massacre de la côte Lorette à Saint-Genis-Laval 20/8/1944

 

Massacre de la côte lorette à Saint-Genis-Laval  20 août 1944

 

La prison de Montluc , à Lyon , était devenu à partir de novembre 1942 , un centre de transit en direction des camps de concentration ou les personnes incarcérées survivaient dans l'attente de leur sort et dans l'angoisse journalière . Des résistants étaient emmenés à l'ancienne Ecole de Santé Militaire , avenue Berthelot ,pour être interrogés brutalement par la Gestapo ; certains furent exécutés parfois dans le fort même . A partir de juin 1944 , des exécutions sommaires de prisonniers de Montluc eurent lieu dans le département.

C'est ainsi que le dimanche 20 août 1944 , quelques jours avant la libération par les troupes Françaises et Américaines de la région , vers 7h30 , cent vingt détenus sont tirés de leurs cellules du fort et rassemblés dans les cours . Une vingtaine de nazis et une douzaine de miliciens choisis la veille participent à cette opération.

Attachés deux par deux avec de la ficelle , on les entasse dans deux véhicules dont l'un est un fourgon cellulaire qui porte encore l'inscription " Gendarmerie nationale".

Vers 8h30 , les deux cars escortés par quelques voitures de tourisme traversent Saint-Genis-Laval . Après un bref arrêt pour demander leur route , le convoi s'engage dans la montée de l'Observatoire , vers le fort de Côte Lorette.

Ce fort , désaffecté , comprenait outre les bâtiments principaux , un pavillon vide autrefois logement du gardien . La veille , des officiers de la Gestapo étaient venus reconnaître les lieux. Intrigué , un témoin monte dans un arbre d'ou il assiste à la scène : des Allemands sortent des voitures et éloignent les personnes se trouvant à proximité du fort tandis que des civils font entrer les cars dans la cour du fort et les prisonniers sont entassés dans la maison du gardien.

Peu de temps après des coups de feu éclatent , par salves intermittentes , mais presque régulières , ceci pendant près de trois quarts d'heure.

Le témoin qui n'a cessé d'observer le fort , voit un homme , suivi de deux autres , sauter par une fenêtre du rez-de-chaussé et poursuivis par d'autres qui leur tirent dessus . Un s'échappe , mais deux sont abattus . Pris par la tête et les jambes , ils sont rejetés dans la maison. Le survivant , retrouvé après la guerre , racontera comment cela s'est passé.

Vers dix heures , de la fumée s'élève de la maison du garde qui commence bientôt à flamber. Peu avant onze heures , le Maire et le chef de la brigade de Gendarmerie tentent de se rendre au fort , mais ils sont arrêtés par un officier Allemand qui leur dit que la maison va sauter . Ils voient en effet des soldats placer des charges d'explosifs autour de la maison.

Sur le chemin du retour , deux cents mètres plus bas , ils entendent la première explosion qui sera suivie par beaucoup d'autres , tous les quarts d'heure environ jusqu'à 14h00.

Ils rendent compte aux autorités , mais n'obtiennent ni aide , ni instruction . Le Maire s'adresse alors au délégué de la croix Rouge Française qui alerte les équipes d'urgence.

C'est vers 16h00 , une fois les derniers soldats Allemands partis , qu'ils purent accéder au fort accompagnés du Curé de la paroisse et de Gendarmes . Une vision d'horreur s'offre à leurs yeux : au milieu des décombres de toutes sortes se mêlent des restes humains calcinés . Une forte odeur de chair grillée se dégage des cendres fumantes sous lesquelles le feu couve encore.

Les premières équipes de la Croix-Rouge , assistées des pompiers de Lyon , commencent le lendemain le travail de déblaiement . Tous les objets susceptibles de permettre l'identification sont scrupuleusement récupérés . Ils est très difficile de séparer les corps qui se désagrègent dès que l'on tente de les déplacer. Cette sinistre besogne se terminera le 22 août , en fin de journée ; Les cadavres et les restes sont finalement placés dans quatre vingt huit cercueils dont cinq ne renferment que des fragments osseux mêlés à des débris de terre et de maçonnerie.

Des funérailles solennelles furent organisées le mercredi 23 août , en présence du Cardinal Gerlier , venu la veille constater les atrocités commises , et du Maire , entourés par la population du village . Ce drame , exemple frappant d'exécution massive , avait fait près de cent vingt victimes rendues méconnaisables par l'incendie et les explosions . Seulement soixante-huit hommes et six femmes pourront être identifiés au cours des mois qui suivirent le massacre . Bon nombre faisaient partie des divers réseaux de Résistance de la Région.

Le Cardinal Gerlier , Primat des Gaules rédigea dès le 22 août pour le chef de la Gestapo , le colonel Knapp pour exprimer son indignation , lettre qu'il remit lui-même le 24 août . A sa protestation, Knapp n'opposa qu'un seul argument : à savoir les fréquentes agressions dont étaient victimes les soldats Allemands. Il fut facile au prélat de répondre qu'il n'y avait aucune commune mesure entre les actes individuels , fruits de l'exaspération des Français et le massacre inimaginable commandé et perpétré  par l'autorité régulière de la Gestapo , dans des conditions que rien ne pouvait excuser , n'hésitant pas à déclarer que ceux qui en portaient la responsabilité , sont à jamais déshonorés aux yeux de l'humanité . Le cardinal exigea la libération immédiate des huit cents détenus du Fort Montluc . Le colonel ne promit rien , mais la même démarche effectuée auprès de l'hauptmann Boesche , commandant du fort , tandis qu'un courrier à destination de la Gestapo faisait savoir qu'en cas de nouvelles exécutions les prisonniers Allemands aux mains des FFI serviraient d'otages et pourraient être exécutés.

Dans la soirée du 24 , les Allemands quittèrent la prison , après avoir remis les clefs à deux officiers supérieurs incarcérés.