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Débat sur la dissuasion Nucléaire

Débat sur la dissuasion nucléaire

Le débat sur la pertinence de la dissuasion nucléaire rebondit en France, dans un contexte particulier : la préparation d’un budget de la défense que les armées attendent comme très mauvais en dépit des assurances de l’exécutif.

« Qu’il y ait des négociations sur le désarmement nucléaire, la France doit y prendre toute sa part et nous le ferons .Mais renoncer à la dissuasion nucléaire pour des raisons d’économies  budgétaires n’est pas aujourd’hui la position de la France » a déclaré , m ercredi 20 juin, à Rio, en marge du sommet de la terre, François Hollande.

Le chef de l’Etat était questionné par la presse sur les propos de l’ancien premier ministre Michel Rocard, qui avait assuré deux jours plus tôt sur BFMTV :la dissuasion « 16 milliards d’euros qui ne servent absolument à rien ». Le chiffre est faux , mais le débat relancé sur cette arme que seuls la France et le Royaume-Uni possèdent en Europe.

 Jeudi, c’est un contrôleur général des armées aujourd’hui dans le civil , ancien du cabinet d’Alain Richard (socialiste) à la défense  qui a défendu dans le Figaro une « dissuasion plus flexible, mais définitivement inscrite dans une logique de non-emploi «  modèle combiné à une armée de terre réduite.

Vendredi, l’ancien ministre socialiste de la défense, Paul Quilès, signataire de la déclaration Global Zéro pour un monde sans arme nucléaire, devait tenir au Sénat une  conférence autour de son livre Nucléaire, un mensonge français. M.Quilès réfute l’existence du « consensus français » sur la dissuasion et conteste  que l’arme nucléaire demeure »l’assurance-vie de la nation » « C’est le dogme !Il faut un débat » plaide-t-il.

 Le budget de la défense ,31 milliards d’euros, se répartit de façon équivalente entre fonctionnement et investissement. Sur ce poste , les grands programmes (Rafale ,hélicoptères, frégates etc..)pèsent lourd , environ 7 milliards par an .Ils sont un paquebot difficile à manœuvrer. La dissuasion compte pour 3,5 milliards d’euros annuels. C’est la seule part sanctuariser du budget ,tout aussi rigide à court terme. Le reste se répartit dans les « petits programmes », en réalité tout ce qui maintient la capacité d’action des armées.

 C’est là qu’aujourd’hui , les inquiétudes sont vives. La défense a du mal à achever considérant que achever la réforme 2009-2015 qui prévoit déjà 54 000 suppressions d’emplois et une réduction des moyens ; quelques 20 000 suppressions restent à réaliser. Dans la période , chaque armée défend âprement ses prérogatives  considérant que les économies, si elles sont encore possibles, sont à rechercher chez les autres. L’armée de terre se sent particulièrement visée , avec le retrait d’Afghanistan. Les appels d’offres pour son programme de modernisation  Scorpion ‘5 milliards) ne sont pas encore lancés.

3L’armement conventionnel est plus dissuasif face aux nouvelles menaces » juge le général Vincent Desportes, ancien patron de l’Ecole de guerre. « Il n’y a d’argent. Si on ne touche pas à la dissuasion, il n’est pas possible de faire le nouveau Livre blanc. Il n’y plus d’intérêt  à garder une arme qui coûte 20 % du budget et n’a aucune chance de servir » ajoute-t-il. Un haut gradé nuance » Il est irréaliste d’espérer récupérer  des milliards dans l’immédiat, mais il faut un vrai débat dans la perspective future de la défense »

Des hypothèses noires circulent sur le budget, dont aucune n’est confirmée. Parmi  elles, une progression  nulle  du  budget  en  valeur sur les cinq prochaines  années,  soit jusqu’à 2 milliards d’économies par an. Est évoqué de deux brigades dans l’armée de terre  ( 20 000 hommes) alors qu’elle doit déjà supprimer 24 000 emplois d’ici à 2015. Autre proposition très décriée, une suspension du recrutement.

 D’autres évoquent une réduction du nombre des avions ou des navires de combat , mais ce choix bute sur l’emploi des ouvriers des chantiers navals ( à Lorient , dans la région du ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, ou à Cherbourg, la ville du ministre délégué aux affaires européennes, Bernard Cazeneuve)

L’armée de l’air vient de procéder en toute discrétion au premier tir d’évaluation du nouveau missile nucléaire ASMP-A en »mission complète »sur Rafale.

 (article de Nathalie Guibert  Le Monde du 23 juin 2012)