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La Campagne de la Sanaga au Cameroun entre 1957 et 1959

 

 

 

 

 

 

 

Le 10 avril 1948 est créée à Douala l'union des Populations du Cameroun (UPC) dont  Um Nyobé devient le secrétaire général. Les symboles de l'UPC seront un drapeau rouge sur lequel est dessiné  un crabe noir. Le rouge fait référence aux patriotes qui ont versé leur sang pour une cause juste, le crabe fait référence à la réunion exigée par l'UPC du Kamerun , divisé par la colonisation , le noir symbolise la couleur de l'Afrique Noire , continent ou vit la population du Cameroun . A l'époque le Cameroun ancienne colonie Allemande est un territoire sous mandat dont la tutelle a été confiée à la France pour une partie , l'autre ayant été confiée à la Grande - Bretagne , après la guerre de 1914-18 .

L'UPC se positionne en faveur de l'indépendance immédiate , de la réunification avec le Cameroun Britannique et la renaissance culturelle du Cameroun. L'activité Um Nyobé le conduit à plusieurs reprises devant l'ONU . Surnommé le << Mpodol >>,<< celui qui porte les revendications >> , il écrit des articles , tient des meetings et se déplace dans l'ensemble du pays . En 1954 des incidents éclatent à Douala , Nkongsamba et Yaoundé faisant 20 morts et 114 blessés parmi les émeutiers , 4 morts dont 2 Français et 13 blessés dans la population . Le 13 juillet 1955 , l'UPC est officiellement interdit.

Um Nyobé prend le maquis et entraine des membres de son ethnie-les Bassas- avec lui , en Sanaga, en forêt équatoriale . L'UPC refuse de participer aux élections législatives du 23 décembre 1956 et crée une branche armée le CNO ( Comité national d'organisation ) . Des lignes téléphoniques sont sectionnées , des voies ferrées coupées , des ponts routiers détruits entre Douala Edea et Yaoundé. A partir de 1957 , en Sanaga maritime , les forces terrestres Françaises sont alors engagées face à une rébellion communiste , organisée en maquis , pour rétablir l'ordre . Cette campagne est méconnue et pourtant , à de nombreux égards , elle préfigure ce que sont aujourd'hui les opérations de rétablissement de la paix . Les facteurs essentiels de succès ont été la cohérence du plan d'action , l'unicité du commandement , la qualité de la coopération civilo-militaire et l'utilisation systématique de l'action psychologique . La maitrise des procédés de contre-guérilla , alliée à une connaissance du milieu humain , ont directement contribué à l'anéantissement de la rébellion.

La responsabilité politique et administrative du rétablissement de l'ordre est confiée à Daniel Doustin , délégué du haut-commissaire pour le Sud-Cameroun . Le Général Le Pulloch , commandant la zone de défense AEF-Cameroun , lui adjoint le Lieutenant Colonel Lamberton pour la direction des opérations militaires . Le 9 décembre est créée la zone de pacification de Sanaga maritime , la ZOPAC , dont le poste de commandement s'installe à Eséka . La campagne durera 11 mois jusqu'à la mort de Um Nyobé . Le Lieutenant-Colonel Lamberton diffuse sa directive générale n°1 , qui débute ainsi : << la participation des unités de l'armée au rétablissement de l'ordre en Sanaga maritime implique une coopération diligente avec l'autorité administrative et surtout l'intégration de l'action militaire et de l'action politique . Il rappelle par ailleurs que cette mission s'inscrit dans le cadre juridique d'une opération de maintien de l'ordre . Ce cadre d'emploi est finalement restrictif , non seulement en ce qui concerne l'emploi des armes , mais aussi pour la marge d'initiative des officiers qui doivent recourir à la Gendarmerie pour toute mesure préventive ou répressive sortant de leurs attributions.

Trois objectifs sont fixés à l'action militaire et politique

Soustraire la masse de la population aux pressions physiques et morales exercées par les rebelles

Isoler les formations para-militaires de la rébellion

Favoriser le processus de leur désagrégation pour aboutir à leur élimination

Pour atteindre ces objectifs , les procédés retenus sont le regroupement de la population le long des axes routiers pour faciliter son contrôle et sa sécurité et supprimer ses liens avec les rebelles , la propagande et la recherche du renseignement.

En décembre 1957 , le dispositif militaire initial est seulement composé de 4 compagnies . Par la suite , les unités de l'AEF y participeront à tour de rôle . Le foyer de la rébellion est alors situé à Makak à 30km à l'est d'Eséka.

Le 23 novembre 1957 , un groupe de l'armée tombe par hasard sur l'un des refuges du << secrétariat administratif et bureau de liaison >> de l'UPC dans le maquis , ce qui permet de découvrir l'ampleur de l'organisation de l'UPC , beaucoup plus profonde que l'on croyait . Les << pillages et assassinats >> ne sont pas commis par hasard , mais sont le résultat de procédures soigneusement menées. Une administration parallèle a été mise en place avec pour objectif à terme de montrer qu'en Sanaga maritime on pourra se passer de l'administration centrale, ce qui montrerait qu'une partie du territoire national a pu se libérer par ses propres moyens.

Des << départements techniques >>  sont même chargés de la fabrication de fusils et de pistolets , de l'approvisionnement en munitions , outillage et matériel . Un véritable appareil de guerre révolutionnaire et de lutte est en place . Par ailleurs Um Nyobé , bien que vivant dans le maquis continue à entretenir une correspondance avec l'ONU , de répondre à des interviews et de publier des écrits politiques.

L'action de l'armée s'avère alors efficace puisque le nombre de maquis détruits passe de 9 en janvier 1958 à 62 en juillet . Le nombre de maquisard de l'UPC capturés ou ralliés augmente sans cesse , de 70 en mars , il atteindra 320 en novembre. Le 7 juin le << général >> Nyobé Pandjock Isaac est surpris dans son PC et tué . Um Nyobé est toujours dans le maquis , mais de plus en plus isolé , entouré de ses proches , il tient un journal ou il note ses rêves , ses aspirations et ses mauvais pressentiments . Les conditions de vie sont de plus en plus difficiles pour lui d'autant que son réseau de soutien est peu à peu démantelé.

Alors que l'assemblée législative Camerounaise issue des élections de 1957 demande la reconnaissance de l'indépendance , la levée de la tutelle et le transfert des compétences en ce qui concerne les affaires intérieures et que Amadou Ahidjo qui a succédé à Mbida s'apprête à négocier à Paris un planning , l'UPC craint alors de se voir débordée par le gouvernement Ahidjo . Um Nyobé pense que son devoir est de rester dans le maquis jusqu'à l'indépendance.

Les services de renseignements arrivent à localiser la zone dans laquelle UM Nyobé se cache et le 13 septembre 1958 un groupe de tirailleurs de l'armée découvre un campement fraichement abandonné à proximité de Boumnyebel , lieu de naissance de Um Nyobé . La zone est alors quadrillée et un élément découvre 4 hommes cachés qui cherchent à s'enfuir , dont un est abattu . Il sera identifié comme étant Um Nyobé par des habitants du village . Près du cadavre , on retrouve une sacoche contenant les archives de l'UPC et le carnet personnel sur lequel UM Nyobé notait les travaux à réaliser ainsi que ses idées personnelles . Un service religieux fut célébré à Boumnyebel par un pasteur protestant . Après l'inhumation , dans l'enceinte de la mission d'Eséka , la tombe sera recouverte d'une chape de ciment pour empêcher ses plus proches partisans de venir enlever le corps.

La découverte du maquis , équipé très succintement , de Um Nyobé , et peu défendu , indique que l'UPC avait de grosses difficultés à se maintenir , car déja très démantelé à la fin de l'été 1958 . Les compagnies de l'armée Françaises avaient fouillé de grandes zones en forêt équatoriale , lors de séjours de plusieurs jours en forêt équatoriale , sans radio , par petites équipes , très mobiles , qui recherchaient, à pied , les maquis à partir d'une base , du niveau de la section . Le ravitaillement qui était emporté , était constitué parfois de trois boites de conserve pour la journée . Cette recherche était , en forêt équatoriale , très épuisants physiquement . Les équipes étaient accompagnées d'un guide connaissant la forêt , car les cartes comportaient de grands blancs , et d'un pisteur recherchant les traces de passage qui conduisaient vers les maquis , qu'il fallait approcher le plus discrètement possible . Les maquis étaient constitués par des petits groupes d'hommes , parfois avec des femmes , au milieu de la forêt , dans des cabanes de bambous et de feuillages , en bordure d'un point d'eau et peu armés . Souvent les équipes rencontraient également des troupeaux d'éléphants ou des orangs-outans dont les cris remplissaient la forêt . Les maquisards en 1958 étaient devenus peu actifs et nos pertes ont été limitées au cours de cette campagne mal connue

La disparition de Um Nyobé a , peu à peu , mis fin à la rébellion.





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