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Vente des Mistral à la Russie

Paris et Moscou auraient enfin trouvé un accord sur les Mistral. Le sort des deux porte-hélicoptères que l’Elysée refuse de livrer faute de progrès tangibles sur la crise ukrainienne empoisonne depuis des mois les relations franco-russes. « Tout a été décidé –et les délais, et la somme » a annoncé Vladimir Kojnine, le conseiller pour la coopération militaire et technique de Vladimir Poutine. Montant du remboursement imputable à la France : près de 1,2 milliard d’euros, d’après les calculs du quotidien économique Kommersant, qui s’appuie sur des sources anonymes.

Mais la version française et la version russe diffèrent. L’accord sera signé  « d’ici peu », selon le conseiller de Vladimir Poutine. Réponse de François Hollande : « Pour l’instant, il n’y a pas d’accord ». Simple décalage de communication ou véritable malentendu ? Le premier ministre Manuel Valls maintient le suspense. Le gouvernement aura « l’occasion de s’exprimer dans quelques jours, quelques semaines «  a-t-il indiqué à la sortie du conseil des ministres , précisant que « des décisions importantes seraient prises à la fin de l’été ». Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov refuse quant à lui  de commenter l’information : « Kojine , le conseiller du président, a fait des déclarations. Je n’ai rien à rajouter à ce sujet »

« Un accord a été trouvé mais des détails doivent être affinés » a confirmé à  l’ Agence France Presse un source française proche du dossier. Intenses,  les négociations durent depuis huit mois avec côté russe Dmitri Rogozine , connu pour ses provocations anti-occidentales. Elles achoppaient sur la question du remboursement. Dépêché à Moscou pour tenter de limiter les frais  à 785 millions d’euros, soit l’avance déjà perçu par Paris, le secrétaire général pour la défense et la sécurité nationale Louis Gautier ( par ailleurs membre du conseil de surveillance du Monde) était rentré avec une facture de plus d’un milliard d’euros.

 Coût des infrastructures destinées à accueillir les navires à Vladivostok, logistique, formation des 400 marins qui devaient constituer l’équipage, fabrication de quatre hélicoptères de combat. L’agence russe chargée des exportations militaires et industrielle, Rosoboronexport, a listé toutes les dépenses annexes aux sommes déjà versées. Son patron, Anatoli Issaïkine, envisageait même de confier l’affaire aux tribunaux , c’est-à- dire à la Cour de conciliation et d’arbitrage de Genève, en cas d’échec des négociations.

 Sans accord, impossible également de revendre les Mistral à d’autres pays. Moscou met en avant la cluse de « non-réexportation « dans le contrat. Or la France perd au moins un million d’euros par mois pour assurer la sécurité et la maintenance des navires, selon Hervé Guillou, PDG du groupe DCNS, le constructeur des porte-hélicoptères. Cet obstacle majeur pourrait donc être levé prochainement.

Vendus en 2011 pour 1,2 milliard d’euros, les deux bâtiments de projection et de commandement sont toujours au port de Saint-Nazaire (Loire Atlantique) où ils ont été construits. La livraison du Vladivostok était prévue pour octobre 2014, celle du Sébastopol , baptisé du nom de la ville de Crimée où est basée la flotte russe de la mer Noire, un an plus tard.

Le discours russe sur l’intérêt de ce contrat a évolué après les tergiversations de l’Elysée à l’automne 2014.  Il y a quatre ans, il avait été conclu par le ministre de la défense au nom du développement technologique de l’armée. Vladimir Poutine avance aujourd’hui une autre version : « Cela n’a aucune importance pour nous en matière de capacité de défense. A  l’époque , nous avions signé avant tout pour soutenir nos partenaires, donner du travail aux chantiers navals » a-t-il déclaré lors de l’émission « Ligne directe » en avril dernier.

Représenté par Dmitri Rogozine , farouche opposant au contrat « depuis toujours », le lobby militaro-industriel jubile. Le forum « Armée 2015 » a exposé en juin une maquette pour un navire d’assaut amphibie 100 % national. Cité par l’agence  de presse Interfax , un représentant du haut commandement de la marine russe s’est réjoui : » C’est notre réponse au Mistral »

Article du Monde du lundi 3 août 2015