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Sur les pas du père Brottier et de Georges Clémenceau n3

Clemenceau brottier page 1

Georges CLEMENCEAU

(2e Partie - Le tombeur de Ministères - 1881 - 1914)

Clemenceau p1Nous avons laissé Clemenceau à 40 ans, Président du Conseil Municipal de Paris et réélu député de Montmartre en 1881. Mais il est toujours journaliste et. dès 1880, il a sorti le premier numéro de son journal « La Justice » dans lequel il écrira 688 articles pendant les dix-sept années de parution. Sa profession de foi est dans le titre : « La justice ! Un bien petit mot ! Le plus grand de tous, en deçà de la bonté. »

Député de Montmartre, cèst lui qui met au point le Cahier des Electeurs signé par le Comité républicain radical socialiste du 18e arrondissement. Programme politique bien sûr, mais programme social important. Qu'on en juge par quelques points : Liberté de presse, de réunion, d'association et conscience, service militaire obligatoire pour tous, suppression de la peine de mort (déjà I), séparation de l'Eglise et de l'Etat (il la fera '.), instruction laïque, gratuite et obligatoire, interdiction de travail des enfants en-dessous de 1A ans, rétablissement du divorce (il en profitera lui-même !). Il clame ses objectifs : « En même temps que la Liberté, nous voulons la Justice... ! ».

A la Chambre des Députés, il est un orateur reconnu et craint car il parle une langue simple, nette, précise et logique. Alors il dit ce qu'il pense et les ministères vacillent... et même tombent. C'est d'abord en 1881 celui de Jules Ferry que Clemenceau attaque sur l'expansion coloniale de la France, puis, un an après, celui de Léon Gambetta que Clemenceau avait pourtant prévenu : « Gambetta. vous êtes chef de la majorité, votre rôle est de rester parmi nous dans l'opposition pour contrôler le gouvernement. Accepter la présidence de la Chambre, c'est une trahison ! »

En 1883, revoici un nouveau ministère Jules Ferry qui prétend « que nous avons des droits sur les races inférieures... !» Clemenceau explose : « Races inférieures ! Les Hindous ? Avec cette grande civilisation raffinée ! Inférieurs les Chinois ? Inférieur, Confucius ?... » Ferry tombera une seconde fois. Et déjà on nomme Clemenceau le « tombeur de ministères » !

 

Clemenceau ne souhaite pas encore le pouvoir pour lui-même, mais il œuvre pour imposer au Ministère de la Guerre le beau Général Boulanger qu'il a connu au Lycée de Nantes. « Boulboul ». comme il l'appelle, est très populaire, mais bientôt a un comporte­ment un peu inquiétant. Il parle de déclarer la guerre à l'Allemagne pour une minime affaire de dépassement de frontière. « La Guerre, dira Clemenceau, est une chose trop grave pour la confier à des militaires. » Boulanger est muté à Clermont-Ferrand et l'an suivant, il se suicidera sur la tombe de sa maîtresse.

En 1885, à Panama, Ferdinand de Lesseps creuse un canal pour relier l'Atlantique-Nord au Pacifique-Sud, mais cela coûte une fortune et la Compagnie du canal se trouve en faillite. Beaucoup de gens ont souscrit aux emprunts garantis par le Parlement français. On parle de l'influence et de la corruption de banquiers et d'hommes politiques. On cite le nom de Cornélius Herz, ingénieur très riche, qui avait été un moment actionnaire du journal « La Justice » de Clemenceau, et on mêle au scandale le nom de Clemenceau qui explose et doit expliquer qu'il a depuis quelques années racheté à Herz les actions du journal et qu'il n'a jamais recommandé ce Monsieur à aucun ministre. Le scandale se calme un peu mais, à la Chambre, le poète-député d'extrême droite, Paul Déroulède, prétend que celui qui a présenté ce juif allemand de Herz à la classe politique française, c'est Clemenceau. Ce dernier provoque le poète en duel. Six balles de pistolet seront échangées sans résultat. Mais Clemenceau, dans un grand discours, est obligé de se justifier : « Où sont les millions qu'on m'accuse d'avoir reçus ? » Le Vendéen est applaudi mais, le jour du vote, il est battu.

Marié depuis 23 ans mais mari très volage, c'est lui qui fait prendre son épouse en flagrant délit d'adultère, demande le divorce et la fait renvoyer sans ménagements en Amérique. Il ne la reverra jamais.

Lâché par ses électeurs, suspecté par son pays, trahi dans son foyer, assailli par les créanciers de son journal, Clemenceau est fatigué de lutter, la vie l'écœure, il parle de la quitter. Un vieil ami bibliothécaire du Sénat le secoue : « Un homme comme vous ne meurt pas ! Au contraire, il rebondit. Vous n'avez plus de tribune. Reprenez la Presse ! » Et un mois après, « La Justice » reparait avec comme premier article : « En avant ! »

Clemenceau a la cinquantaine encore sportive, la galanterie constante près des dames, la curiosité perpétuelle pour les peintres et les sculpteurs et il conserve la dent dure contre ses ennemis politiques. C'est pourquoi on le surnomme « Le Tigre ». Il écrit de nombreux articles, plusieurs livres, romans, recueils de nouvelles et même une pièce de théâtre « Le voile du bonheur ». Mais un autre scandale éclate, bien plus important, bien plus long. L'affaire Dreyfus !

En septembre 1894, on découvre un bordereau annonçant l'envoi de documents français au chef de l'espionnage allemand. Au Ministère de la Guerre, on reconnaît l'écriture du capitaine Alfred Dreyfus, officier israélite de létat-major et, quand l'affaire se révèle, une vague d'antisémitisme déferle sur la France. Malgré ses protestations d'innocence, Dreyfus est condamné à la dégradation militaire et à la déportation à ITIe du Diable en Guyane où il restera quatre ans et demi. L'Armée ne peut s'être trompée. L'Allemand, c'est l'ennemi, Dreyfus, c'est le juif, le complice. Clemenceau, ardent patriote, suit le courant antisémite et écrit un article virulent intitulé « Le Traître ». Il croira à la culpabilité de Dreyfus jusqu'en 1897. Pourtant dès 1896. le lieutenant-colonel Picquart a découvert un document envoyé par l'Allemagne à Esterhazy, officier criblé de dettes. L'écriture d'Esterhazy est semblable à celle de Dreyfus. Picquart fait part de ses doutes, mais il est muté et le commandant Henry prend sa place. Petit à petit la vérité se fait jour malgré le mutisme de l'Armée. Clemenceau s'interroge. On lui apporte des preuves de l'innocence de Dreyfus. Tous les documents sont des faux fabriqués par Henry avec Esterhazy. Emile Zola écrit une lettre au Président de la République dans « L'Aurore ». C'est Clemenceau qui en trouve le titre : « J'accuse... ! » Il est devenu un farouche dreyfusard.Rehabilitation dreyfus

Les coups de théâtre vont se succéder : Esterhazy est en fuite, Henry se suicide, le procès est cassé, Dreyfus quitte I' iIe du Diable, il est gracié mais pas réhabilité. Pour Clemenceau « c'est la honte, le déshonneur ». Il faudra attendre le 12 juillet 1906. Depuis 1899. le Tigre aura écrit sept volumes sur la justice et l'injustice militaires.

1901. Clemenceau crée un nouveau journal « Le Bloc ». Ses électeurs du Var l'élisent de nouveau sénateur. Il participe aux débats sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat : « je n'admets pas plus le monopole laïque que le monopole ecclésiastique, l'un et l'autre sont contraires à la liberté. » En mars 1906,dans le salon de Ferdinand Sarrien chargé de former le prochain gouvernement, celui-ci demande à Clemenceau : « Que prendrez-vous ? » Imperturbable, le Tigre répond : « Je prends l'Intérieur. »

Clemenceau marche sur les ministeresIl a 64 ans, c'est son premier poste de ministre, il ne sera pas de tout repos ! La loi de 1901 sur les associations a été votée il y a 5 ans, maintenant il faut faire l'inventaire des biens des Eglises. Mais les fonctionnaires des Do­maines assistés de la police se heurtent aux fidèles et aux maires catholiques couchés devant la porte des églises. Un climat de guerre civile s'installe. Clemenceau ne souhaite pas qu'il y ait des morts, comme dans le Nord. I adresse aux préfets une circulaire les invitant à ne pas faire ces opérations par la force : « La question de savoir si l'on comptera ou l'on ne comptera pas les chandeliers dans une église ne vaut pas une vie humaine. » Finalement les inventaires se feront, mais la division reste profonde.Clemenceau caricature le tigre

La catastrophe de Courrières endeuille le début de son mandat (plus de 1 000 victimes au centre houiller dont les mineurs rendent la Compagnie responsable). 30 000 grévistes sont dans la rue, la grève dure un mois et devient émeute.

Le gouvernement envoie la troupe. Un officier est tué. Clemenceau se rend sans escorte à Denain et répond aux grévistes : « Votre moyen d'action, c'est le désordre. Mon devoir à moi, c'est de faire de l'ordre ! » Il visite les familles. Ça va s'arranger.

En octobre 1906. Clemenceau prend la Présidence du Conseil mais garde l'Intérieur. Il crée « Les Brigades du tigre » pour lutter contre la criminalité et devient « Le premier flic de France ». De même voit le jour un Ministère du travail, de l'Hygiène et de la Prévoyance sociale, marque de l'attention qu'il porte à la classe ouvrière. Il travaille beaucoup, veut que chacun soit à son poste et remet en place les fonctionnaires du Ministère qu'il accuse « d'être partis avant d'être arrivés ! »

Il aura à affronter plusieurs grèves dont Celles des Viticulteurs du Midi qu'il résoudra en faisant voter une loi contre la fraude dans le commerce des vins. Il inaugure en Vendée l'hôpital-hospice de Montaigu. Dans son grand discours, il parle de « sa » Vendée et conclut : « Soyez tolérants et résolus dans la défense des libertés publiques. Recherchez la bonté, la justice dans tous les domaines. »

Comme d'autres avant lui, en 1909, son Ministère sera renversé. Clemenceau en profite pour partir faire des conférences en Argentine, au Brésil. Il assiste inquiet à l'élection de Poincaré à la présidentielle de 1913.

Un après-midi de juin 1914, il rentre à Paris en voiture avec son ami Geoffroy. On entend les vendeurs de journaux criant « Attentat ». Il arrête la voiture, prend le journal, lit « Attentat contre l'Archiduc d'Autriche ». Clemenceau qui connaît le jeu des alliances, dit : « Si tout cela est vrai, c'est la guerre ! » Un mois après, Jaurès est assassiné. Le dimanche 2 août, sur les murs, les affiches annoncent : « MOBILISATION GENERALE » Clemenceau a vu juste !

Claude Mercier

Je cède à titre gratuit à l'Union Nationale des Combattants, le droit de reproduire ce texte et les photos pour la réalisation de la plaquette N°3 du « Centenaire de l'UNC ».

Claude Mercier

 

A SUIVRE : (2017) - Clemenceau, le Tigre ( 1914-1917)

                   (2018) - Clemenceau, le Père la Victoire (1917-1929)

 

1916 : Verdun - La Somme :

une année noire mais décisive pour l'issue de la guerre !

 

Parce que les allemands considéraient Verdun comme le site à prendre pour gagner la guerre, en vertu de son caractère symbolique pour les français, ce lieu sera à l'origine des deux batailles les plus meurtrières du premier Conflit mondial et, peut-être même de l'histoire des guerres : Verdun - La Somme.

Ces deux épisodes terribles ont en effet abouti à la perte de 1 700 000 hommes morts ou blessés. Et, au final, dans les deux cas, il n'y eut ni vainqueurs ni vaincus bien que le fait d'avoir résisté fut considéré comme une victoire française à Verdun puisque la ville n'a jamais été prise et des alliés dans la Somme, le front ayant tenu.

Le Père Brottier, acteur dans ces deux tragédies, y montrera sa bravoure, sa clairvoyance et son esprit d'initiative.

Verdun (21 février - 19 décembre)

Ayant décidé de prendre Verdun pour « saigner à blanc » les français, selon l'expression du commandant allemand Erich Von Falkenhayn, les allemands amè­nent sur place d'énormes moyens, près de 80 000 hommes, plus de 2000 pièces d'artillerie de tous calibres. Du jamais vu sur un aussi petit terrain (quelques dizaines de km2 sur un front de 1 5 kms).

Le 21 février peu après 7h00, un déluge de feu s'abat sur les français. Il durera plus de 8 heures.

Lorsque les allemands passeront à l'offensive, ils seront surpris de trouver des français debout ce qui leur occasionnera des pertes non prévues.

Durant les deux premiers jours de la bataille. 2millions d'obus seront tirés dont certains avec des gaz. Et pour la première fois à si grande échelle, le lance-flammes est utilisé par les fantassins allemands. C'est une arme terrifiante. Au Bois des Caures. les chasseurs placés aux avant-postes ripostent comme ils peuvent. Mais ils ripostent.

Dans les jours qui suivent, la résistance française s'organise sous le comman­dement de Joffre, chef d'Etat-major des armées, et les renforts arrivent. Contrai­rement aux objectifs des allemands, une âpre bataille de position s'installe.

Neuf villages seront complètement détruits et déclarés « morts pour la France », les champs sont labourés parles obus, l'air est vicié par les gaz toxiques, les bois disparais­sent pour laisser place à un paysage lunaire fait de cratères et de tranchées dans lesquels se terrent les survivants. On se bat souvent pour quelques mètres, baïonnette au fusil, couverts de boues, assoiffés, asphyxiés, rompus... Les villages perdus un jour sont reconquis le lendemain ; celui de Fleury devant Douaumont sera pris et repris 16 fois, celui de Vaux treize fois. Le moindre surplomb devient un enjeu, la ligne de front ne cesse de bouger mais ne cède pas.

Depuis Baudonvillers et Bar-le-Duc, Pétain nommé par Joffre à la tête de la Première armée, met en place une liaison pour acheminer à Verdun renforts, munitions et vivres. Ainsi, une noria de camions est mise en œuvre sur la route reliant Bar le Duc à Verdun et élargie pour la circonstance.

Elle verra passer près de 1 500 camions quotidiennement selon une organisation bien maîtrisée. Verdun n'est plus isolée. Ainsi. 2 500 000 combattants français emprunteront cette route, baptisée plus tard par Maurice Barrés : la « Voie Sacrée ».

Les combats se poursuivent, sur les deux rives de la Meuse et jusqu'aux Eparges, avec leur cortège d'atrocités. On meurt sous les obus, sous les balles, on meurt asphyxié, transpercé par une baïonnette, on meurt au bord d'une tranchée ou d'un trou d'obus, empêtré dans les fils de fers barbelés, on meurt enterré dans la boue sanglante du champ de bataille et. on meurt, fait nouveau dans cette guerre, souvent sans voir l'ennemi. Et quand on ne meurt pas. on revient blessé, handi­capé, la « gueule cassée » et, dans tous les cas, à jamais marqué par les souffrances que l'on a vécues et auxquelles on a assisté. C'est le lot du poilu de Verdun.

Les Allemands n'ont jamais approché à moins de 5 kms de Verdun. Aucun des objectifs qu'ils s'étaient fixés n'a été atteint. Et le 12 juillet le Kronprinz, Guillaume de Prusse, à la tête de la 5e armée allemande, reçoit l'ordre de se contenter désormais d'une action défensive.

A compter de cette date, les Allemands ont renoncé à prendre Verdun. Pour autant, les combats ne vont pas cesser. Les Français vont se livrer durant tout l'été à un grignotage des positions ennemies. Le 24 octobre, le fort de Douaumont est réconquis par le Régiment d'Infanterie Coloniale du Maroc, aidé, entre autres, de tirailleurs sénégalais et somalis. Le fort de Vaux est repris le 3 novembre. Au 21 décembre, au terme de 300 jours et 300 nuits de combat, la plupart des positions perdues pendant la bataille ont été réinvesties par l'armée française. L'hiver peut s'installer. La bataille de Verdun est gagnée par les Français, du moins, et c'est crucial, sur le plan psychologique.

Elle sera, d'ailleurs, jugée, a posteriori, par les Allemands, équivalente à la bataille de Stalingrad lors du second conflit mondial.

Le bilan est à la mesure de l'horreur des combats, terrible : 700 000 tués ou blessés 286 000 morts (146 000 français/140000 allemands) 412 000 blessés (216 000/196000)

On pense que 60 millions d'obus ont été tirés durant les 10 mois de la bataille (soit 6 obus au m2) dont un quart n'aurait pas explosé.

Ce fut une bataille ou l'acteur principal aura été l'artillerie qui fut à l'origine de 80% des blessures.

Sachant que deux nouveaux intervenants, les dirigeables et les avions servirent de guide aux tirs de canons des deux camps.

Autre caractéristique de cette bataille, la différence de traitement des hommes : alors que. côté allemand, ce sont pour l'essentiel les mêmes corps d'armée qui livreront toute la bataille, l'armée française fera passer à Verdun, par rotation, 70 % de ses Poilus, ce qui permettra des relèves salutaires et contribuera aussi à l'impact que laissera Verdun dans les mémoires.

Dans cet univers apocalyptique, le Père Brottier sera présent dès le début et il s'y illustrera de façon exemplaire. Et, tout particulièrement, lors de cette journée du 22 mars lorsque des officiers lui expliquent que l'attaque prévue la nuit suivante entraînerait le massacre de la totalité du bataillon, la zone d'attaque n'ayant pas été préparée comme prévu, par l'artillerie. Le Père Brottier part alors, à travers les boyaux des tranchées, rejoindre l'Etat-major qui se trouve plusieurs kilomètres à l'arrière. Après une discussion animée avec le chef d'Etat-major, il l'emmena constater la réalité de l'état des défenses ennemies intactes et l'ordre de prendre la bois d'Avocourt fut rapporté. Ainsi, cette nuit-là, le Père Brottier permit d'éviter le massacre de centaines d'hommes.

Pour son action au premier rang avec les troupes engagées dans les pires conditions et auprès des blessés qu'il recueillait souvent sous un feu meurtrier, il fut fait Chevalier de Légion d'honneur avec une citation signée du général Joffre, le 5 mai 1916.

Il reçut une deuxième citation à l'ordre de l'armée le 16 mai. ainsi rédigée :

« Daniel Brottier, aumônier volontaire à la 26e D.l. S'est fait remarquer depuis le début de la campagne, par son abné­gation, son dévouement, son mépris absolu du danger, toujours au milieu des troupes au moment des attaques, se portant au secours des blessés sans tenir compte des dangers qui l'entouraient. S'est particulièrement fait remarquer pendant les bombardements dirigés sur nos lignes devant le bois d'Avocourt les 22, 23 et 24 mars 1916, où il eut ses vêtements déchirés par des éclats d'obus. Ne trouvant pas sa mission achevée, il employait ses nuits à inhumer nos morts ».

A partir d'avril, la division part dans l'Oise pour un repos relatif.

La Somme (24 juin-18 novembre 1916)

C'est au mois de décembre 1915. que la décision avait été prise d'une offensive générale « sur tous les fronts ». au milieu de l'année 1916.

Si Verdun était plus violent que prévu, cela ne faisait que renforcer l'idée d'ouvrir un deuxième front dans le secteur de la Somme.

D'énormes travaux préparatoires sont effectués (constructions de routes, de gares, de leurres et de camouflages de toutes sortes).

Pour affaiblir les allemands et soulager le front de Verdun, les alliés décident de passer à l'offensive sur la Somme fin juin.

300 000 alliés, en majorité des anglais et des français, mais aussi des Australiens et des Néo-Zélandais. font face à 200 000 allemands

Il s'agit de la première offensive conjointe franco -anglaise.

Le 24 juin 1916 l'artillerie des alliés ouvre le feu. notamment avec des gaz toxiques, durant 7 jours et 7 nuits

1 er juillet 1916, à 7h30. les alliés passent à l'assaut. Dans leur secteur, les anglais sont surpris de trouver une résistance inattendue après une semaine de pilonnage, ignorant que les allemands s'étaient retranchés dans des souterrains.

Fauchés par les mitrailleuses ennemies, les anglais connaîtront la pire journée de leur histoire (à l'instar du 22 août 1914 Charleroi pour les français) avec 58 000 soldats mis hors de combat dont 19 240 morts.

Les français réussiront à percer de 10 kms des lignes allemandes moins fournies que celles du secteur anglais.

Les allemands enlèvent alors 35 divisions de Verdun, allégeant ainsi, comme prévu, la pression dans cette région, pour les envoyer sur la Somme. Jusqu'en septembre, les batailles sont relativement réduites bien que les pertes continuent de s'élever sous les tirs d'artillerie.

Les offensives reprennent en septembre, notamment avec celle conjointe, franco-anglaise du 25 septembre. Le 28, l'of­fensive est arrêtée pour consolider les positions prises à l'ennemi (notamment Combles et Thiepval). Entretemps, le 1 5 septembre, les pre­miers chars ont fait leur apparition.

Le mois d'octobre voit se multiplier les petites offensives localisées sans grand succès, les Français piétinent au sud de Péronne autour de Cnaulnes et de Villers-Carbonnel. Les forces alliées sur le front de la Somme s'essoufflent.

Le 5 novembre, les Français attaquent Sailly-Saillisel mais ne parviennent pas à enlever le bois de Saint-Pierre-Vaast, les Allemands reprennent en partie le contrôle de Sailly-Saillisel. Au sud de la Somme, la Xe Armée française conquiert Ablaincourt-Pressoir mais rencontre une forte résistance allemande ailleurs.

Après quelques succès le 13 novembre : prise de Beaumont-Hamel, Saint-Pierre-Divion et Beaucourt-sur-l'Ancre, les Britanniques contrôlent la vallée de l'Ancre mais ne progressent plus.

À partir du 18 novembre, les conditions climatiques se dégradent considéra­blement, pluie glaciale, neige et blizzard mettent en échec toutes les offensives.

C'est la fin effective de la Bataille de la Somme.

445 000 morts (275 000 alliés dont 67 000 français/170 000 allemands) 616 000 blessés (349 000 alliés dont 1 36 000 français/267 000 allemands).

Deux innovations lors de cette bataille : l'utilisation des chars d'assaut et les reportages imagés avec films et photo­graphies ainsi que peintures. C'est aussi le début de l'aviation de chasse.

Par ailleurs, la mémoire collective des Français n'a pas gardé trace de la Bataille de la Somme tandis que celle-ci tient une large place dans la mémoire collective des Britanniques, des Canadiens, des Austra­liens et des Néo-Zélandais. Le 1er Juillet est une journée de commémoration sur les principaux lieux de mémoire du Commonwealth dans le département de la Somme de même que l'ANZAC Day (Australie and New Zealand Army Corps) le 25 avril.

Le Père Brottier, quant a lui, se distingua encore lors de ce nouvel enfer, toujours tant par sa bravoure, son dévouement au service des soldats que pour leur remonter le moral, toujours à leur côté dans les assauts les plus durs et pour prodiguer ses soins aux blessés.

Parmi ses exploits, voici l'un des plus atypiques : le 4 septembre, lors de l'attaque du lieu-dit « le Bois triangulaire », le Père Brottier voyant qu'une compagnie privée de ses officiers, tués ou blessés, flottait à l'attaque et risquait de compromettre la victoire, prit résolument en mains la direction des opérations, rallia les sous-officiers, assigna sa tâche à chacun, et lança de nouveau les hommes dans la bataille.

Il reçut une nouvelle citation à sa Croix de guerre le 26 novembre ainsi libellée :

« L'aumônier Brottier. Superbe de courage et de dévouement, d'esprit de devoir. Est parti à l'assaut le 4 septembre 1916, avec les premières vagues du régiment, encourageant tous ceux qui étaient autour de lui. N'a cessé depuis, sous les bombar­dements les plus violents et les plus meurtriers, d'aller d'une unité à l'autre sans le moindre souci du danger, prêchant l'exemple et se prodiguant inlassablement pour rechercher les blessés et les panser lui-même. »

Le Père Brottier toujours en première ligne dans ces deux batailles ne fut pas même blessé !

Malgré les très faibles gains territoriaux des alliés, les Allemands ont été très impressionnés par le bombardement de préparation des Alliés et leur résistance. C'est à la suite des batailles de la Somme et de Verdun que le haut-comman­dement allemand décidera la guerre sous-marine à outrance. Ceci aura pour effet de provoquer l'entrée en guerre des États-Unis (à la suite du torpillage du paquebot américain Lusitania) et ainsi, le bascule­ment du rapport de forces et de préparer la victoire des alliés.

Dominique Boyet

 

Les femmes dans la guerre

1914/1918     2e partie

Des "soldats" sans armes : les espionnes

 

Dès 1915, plusieurs centres de renseignements fonctionnent en France.

Les alliés français, anglais et belges unissent leurs efforts pour surveiller les frontières et recruter des espions, particulièrement en Belgique et dans le nord de la France, territoires envahis par l'Allemagne. Ils utilisent leurs espions dans les domaines militaires stratégiques et économiques.

Rus de 300 réseaux se constituent rapidement, notamment en Belgique. Après de nombreuses arrestations, ils se reconstituent trgs vite, en étendant une véritable toile d'araignée sur tout le pays.

Edith Cavell sert à la propagande Britannique. A Londres et dans la plupart des grandes villes anglaises, les agents de recrutement ont placé son portrait au milieu des affiches de guerre destinées à provoquer des engagements. L'historienne américaine Margaret H. Darrow indique qu'il n'est fait nulle part mention du rôle de résistante ou d'espionne d'Edith Cavell. mais de sa faiblesse devant la barbarie allemande, certainement parce que l'opinion publique juge encore les actes d'espionnage d'une femme comme contraires à la morale... L'histoire de la mort d'Edith Cavell transformé en meurtre fut le symbole de la souffrance de la Belgique et de la France occupées. Martyre, on oublia qu'elle était une espionne.

Gabrielle Petit, appelée Melle Legrand, fusillée le 10 avril 1916, reste également une héroïne nationale pour son courage devant la mort après avoir refusé de trahir ses amis.

La collaboration avec les Services alliés et surtout britanniques, qui recrutent des femmes dans leurs bureaux, amène le commandement français à prendre d'avantage en considération les espionnes dont le nombre augmente. L'importance de leurs renseignements sur les déplacements des troupes ennemies, leurs rencontres avec des officiers allemands, les informations fournies grâce à leur rôle auprès des blessés, des prisonniers, des déserteurs, sont des plus utiles.

L'opinion française n'est pas favorable étant donné les méthodes de séduction employées par certaines espionnes.

Cependant, ces femmes, après avoir été formées par les services secrets, font preuve d'un vrai professionnalisme.

Le recrutement des espionnes, leurs motivations, les formes de leurs travail, leurs contacts, l'importance de leur rôle, seules ou en réseaux et la reconnaissance de leurs actions, sont différents.

Certaines sont issues de familles nobles et catholiques ou de familles riches.

Les jeunes femmes belges parlent l'allemand. La Croix Rouge leur permet de travailler comme infirmières, d'organiser des contacts comme la distribution des courriers entre soldats du front et familles réfugiées vivant dans les territoires occupés. Elles peuvent ainsi recueillir de nombreux renseignements auprès des blessés allemands, français et belges ainsi qu'auprès de la population.

Les espionnes recrutées par les services Français ou Britanniques, sont envoyées à Londres ou à Folkestone pour une formation très courte, afin d'apprendre les bases du métier et être capables de recruter de nouveaux membres.

D'autres femmes en Belgique travaillant en famille, se relaient jour et nuit pour surveiller les mouvements des troupes allemandes par air et terre. Elles apprennent à remplir des fiches d'une grande précision ; ces fiches sont acheminées ensuite aux Pays Bas par les passeurs des services français ou Britanniques.

Toutes sont conscientes de participer à la guerre, à l'égal des soldats, avec divers motifs : l'amour de leur pays - le dévouement - la religion - ou encore, l'aventure - l'appât du gain (40 à 50 francs par mois et 5 francs par courrier transmis).

Elles refusent le nom d'espionne, privilégiant celui d'agent secret et souhaitent souvent leur incorporation dans l'armée pour bénéficier d'un statut militaire.

Tammy Proctor. historienne américaine insiste sur l'apparte­nance des femmes à une "armée d'ombre".

Les espions, hommes et femmes, bien conscients de ce travail souterrain créent, à la fin de la guerre, l'association des invisibles pour perpétuer leurs souvenirs.

D'après plusieurs documents et ouvrages.                                                                                                                                                                                              Aline Mahiout

Bandeau creation croix de guerre

 

Croix de guerre 1914 1918 avec citations puis fourragere en modele reduit

Dès les premiers jours qui suivirent la déclaration de la guerre, début août 1914. la France doit faire face à des combats particulièrement meurtriers que le grand quartier général, stationné alors à vïtry-le-Françpis, avait sous estimé. Le 22 août, sur la frontière des Ardennes Belge, nos soldats en pantalon rouge ont 27000 morts au combat en une seule journée, plus qu'à Waterloo, plus que pendant toute la guerre d'Algérie !

Ce sera l'une des journées les plus meurtrières de 1914- 1918 !

Pour honorer et distinguer les soldats de notre pays, La France dispose d'un choix restreint : déjà ancien, la Légion d'Honneur est remise de préférence aux officiers et la Médaille Militaire est conférée aux sous-officiers et soldats, il existe bien les citations régimentaires ou d'armée, destinées aux actions d'éclats au combat mais qui ne sont pas matérialisées par une décoration.

Lacune que comble bientôt, en 1915, la création de la Croix de guerre.

Même si personne n'a conscience de l'avenir, il devient évident que cette guerre va durer longtemps, 8 millions et demi de jeunes Français sont mobilisés. Le courage des combattants cités à l'ordre de leur régiment est connu et reconnu. Certains commencent à s'étonner de la différence de traitement avec les alliés Britanniques (military Cross, military médal) ; les Russes (médaille de Saint Georges) et même les Allemands avec la croix de fer.

De telles frustrations peuvent saper le moral de la troupe. L'idée, partie du front, de créer une nouvelle décoration pour galvaniser l'héroïsme des poilus suit son cours. Le sénateur Cauvin, en visite sur le front, le Général Boëlle, vétéran de la guerre de 1870, commandant sur le front de la Somme, les députés Bonnefous. Maurice Barrés, Emile Driant, encouragent une proposition de loi. signée par 66 députés. Ils avancent la dénomination « Croix de Guerre » qui rencontre un large consensus.

La chambre des députés, le 4 février 1915 adopte à l'unanimité l'article unique suivant : « Il est créé une croix dite « croix de guerre » destinée à commémorer depuis le début de la guerre de 1914-1915 les citations individuelles des officiers, sous-officiers, caporaux, soldats des armées de terre et de mer à l'ordre des armées, des corps d'armée, des divisions, des brigades et des régiments ».

Le Sénat approuve, la loi est promulguée le 8 avril 1915.

La phase de réalisation connait une accé­lération subite, l'état fait appel aux artistes pour déterminer la forme de cette croix en bronze. La proposition du syndicat des fabricants : dessinée par Bartholomé et gravée par Furet est adoptée « croix pattée en bronze florentin du module de 37 mm à quatre branches avec entre les branches deux épées croisées. Le centre représente à l'avers, une tête de République au bon­net phrygien ornée d'une couronne de lauriers REPUBLIQUE FRANÇAISE. Au revers l'inscrip­tion 1914-1915.»

Cette inscription au fil des combats et des années deviendra 1914 - 1916 / 1914 -1917 et 1914 -1918. Le ruban vert, souligné de 7 liserés rouges est inspiré de la médaille de Ste Hélène.

Un jeu d'agrafe sur le ruban est souligné par une palme correspondant à une citation à l'ordre de l'armée, une étoile de vermeil à l'ordre du corps d'armée une étoile d'argent à l'ordre de la division, un étoile de bronze à l'ordre de la brigade ou du régiment.

Enfin les plus Braves d'entre les Braves porteront sur leur poitrine la Croix de Guerre de leur courage...

Elle peut être accordée égale­ment à titre posthume.

Cette décoration prestigieuse et égalitaire fait la fierté de toute l'armée française et des familles.

Il est admis qu'environ 1 200 000 militaires sur 8 000 000 de mobilisés, seront décorés soit moins d'un combattant sur six.

Du coté allemand, guère plus nombreux sous l'uniforme ils remettront 5.200.000 croix de fer !

La croix de guerre française a également été décernée de façon collective à des régiments, soulignée par le port d'une fourragère et a des villes et villages martyrs et détruit sur la ligne de front (Dunkerque en 1917), les villages autour de Verdun, et bien d'autres encore...

Le premier récipiendaire de la croix de guerre semble être un jeune engagé, soldat de première classe du 27e RI, décoré le 5 juin 1915, il s'appelait Léon JUSSE. La croix de guerre affirme ses lettres de noblesse dans la boue des tranchées de première ligne, sur les mers et dans les airs et enchérit le moral des poilus en exaltant leur courage. Les plus braves portent sur leur poitrine, la croix des Héros.

Nous verrons que le Père Brottier, l'un de nos deux fondateurs de l'UNC. était décoré d'une croix de guerre avec ruban chargé de citations individuelles

Jean Claude Renard

Enfin, pour les mêmes raisons, la France créa la croix de guerre 1939 - 1945, la croix de guerre des TOE (territoires d'opérations extérieures) et la Valeur Militaire (Algérie. Maroc, Tunisie, Opex).

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