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La défense européenne

L’Europe adore les mots. En voici un de plus : mutualisation. L’idée , en l’occurrence, consiste à mutualiser les moyens des différents pays membres en matière de défense, de façon à mettre en commun les outils de base, à baisser les dépenses budgétaires au niveau national en évitant les doublons à l’échelle de l’Union, à accroître l’efficacité et à diminuer le coût des actions communes hors du continent. Ces objectifs, fortement mis en avant par la France, apparaissent aussi logiques que raisonnables ;on parle beaucoup de l’évolution de la menace planétaire, mais l’ennemi, désormais, c ‘est aussi la dette publique. En clair, on veut mutualiser dans un premier temps les moyens de transport et le ravitaillement en vol, décider de la mise au point d’un drone stratégique européen à l’horizon 2020-23025, coopérer sur la cyberdéfense ou renouveler les moyens communautaires en matière de satellites de communications militaires. Sans compter sur les économies que nous permettrait de réaliser une industrie européenne de la défense face aux contraintes budgétaires croissantes rencontrées par chaque pays. Dernier exemple, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Italie ont acheté des Reapers américains, faute de drones européens.

 Qui peut-être contre de telles évidences, à l’heure où la sécurité de l’Europe se joue à des milliers de kilomètres, au Sahel ou dans le golfe de Guinée ? En cumulant les budgets de tous les  pays membres de l’UE, on arrive au deuxième rang mondial en ce qui concerne les dépenses militaires. Mais, au stade opérationnel, la règle immuable du chacun-pour-soi rend dérisoire cette masse émiettée : aucun pays européen ne pourra bientôt mobiliser une panoplie complète de moyens militaires. Pourtant, on entend davantage les objections, les obstacles et les oppositions à une défense européenne que les arguments favorables.  Le dernier Conseil européen consacré aux questions de défense pour la première fois depuis cinq ans, l’a encore démontré, en dépit de quelques avancées. Malgré l’élan impulsé par la France, le résultat est encore une fois  décevant et confirme qu’il n’y aura pas de sitôt d’Europe de la défense. Parmi les multiples raisons, on peut en résumer les principales.

-22 des pays de l’Union européenne, qui sont également membres de l’OTAN, préférent priviligier cette dernière pour assurer leur défense.

-Le Royaume-Uni, seul pays avec la France, à disposer d’un outil militaire conséquent, ne veut pas entendre parler d’Europe- alors même que Londres coopère efficacement dans ce domaine avec Paris (on l’a vu en Libye) et a conclu des accords en ce sens.

 - L’Allemagne, mastodonte économique du continent, dont l’appui est décisif, est réticente à tout engagement militaire ( même si sa participation aux opérations de l’OTAN en Afghanistan a été majeure) en raison de ses institutions (tout envoi de troupes doit passer par un vote au Parlement), du contexte politique de coalition et de la prise en compte de ses intérêts commerciaux (c’est ce qui a décidé de sa participation à l’action anti-piraterie de l’UE dans l’océan Indien).

-Une intervention militaire sur un territoire étranger est soumise à une entente préalable entre partenaires européens.

 En clair, tandis que François Hollande souhaite ardemment transformer l’intervention française en République centrafricaine en une action européenne, Angela Merkel répond : » Nous ne pouvons pas cofinancer une mission militaire si nous ne participons pas à la décision ». D’où l’idée d’une feuille de route stratégique pour la politique de sécurité et de défense commune, qui devrait en premier lieu concerner l’action extérieure de l’Union. Il est essentiel qu’une vision commune du futur émerge.

 En attendant, la conclusion s’impose d’elle-même. Dans le contexte actuel, la défense européenne, c’est la France. Il lui revient de rassembler autour d’elle ses partenaires et d’avancer pas à pas –ce qui n’est pas une mince affaire.

  (Chronique de Christian Makarian dans l’Express du 25 décembre 2013) 

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