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Attentat contre l’immeuble « Drakkar » au Liban

A partir de 1975, le Liban, en proie à des rivalités politiques, ethniques et religieuses, est ravagé par une guerre civile , alimentée par des enjeux géopolitiques régionaux complexes. Le sud du pays devient une zone de tension entre Israéliens et Palestiniens, en raison de l’implantation de nombreux camps de réfugiés palestiniens depuis 1948. C’est d’ailleurs à la suite de l’invasion de cette zone par les forces israéliennes , en mars 1978, en représailles d’actions commandos menées  sur son territoire , que le Conseil de sécurité de l’ONU décide de créer la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Ses missions consistent à s’assurer du retrait des troupes israéliennes  et à restaurer la paix et la sécurité dans le pays, afin de permettre au gouvernement libanais de rétablir son autorité effective dans la région. Envoyés sur le terrain, les parachutistes français des 1er et 9ème régiments de chasseurs parachutistes assument alors des missions logistiques indispensables aux 6 000 militaires constituant cette force de maintien de la paix. Malgré les tensions occasionnées par le retrait israélien  et par la prise de contrôle de la région par des milices armées, les efforts déployés sur place permettent d’y maintenir un calme relatif , jusqu’en mai 1982, date de reprise des combats entre les forces de Tsahal et celles de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) , de part et d’autre de la frontière libano-israélienne. Après l’invasion du Liban par Israël et le blocus de Beyrouth, la situation se dégrade à nouveau, en septembre 1982, avec l’assassinat du président élu Bachir Gemayel et le massacre de centaines de civils palestiniens par des milices chrétiennes dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila. Une force multinationale de sécurité à Beyrouth (FMSB) est alors déployée sous l’égide de l’ONU, afin de sécurisée la capitale en ruines .Elle se compose de détachements américains comprenant 1 600 soldats et deux porte-avions , de détachements français (2 000 soldats) et italiens (1 400 soldats, rejoints ultérieurement  par une petite unité de l’armée britannique (200 soldats). Le détachement français de l’armée de terre portant le nom de Diodon , est essentiellement composé d’engagés et d’appelés volontaires service long.

  En août et septembre 1983, les incidents se multiplient entre les factions rivales et la Force multiationale et vont coûter la vie à dix-huit français , huit américains et un italien. La FMSB est alors rejointe, à la fin du mois, par les 600 hommes composant le groupement aéroporté de parachutistes  (GAP) , commandé par le général Cann. Parmi les différentes unités qui prennent position dans Beyrouth, le 1erRCP et 3 conducteurs de véhicules de l’avant blindé du 9ème RCP s’installent, entre le 20 et 27 septembre 1983 dans un immeuble de huit étages , rebaptisé poste Drakkar et situé dans un quartier excentré , au nord de l’aéroport. Ce secteur, lieu d’affrontement entre les factions rivales, est extrêmement dangereux. C’est pourquoi, pendant uns semaine , des travaux sont entrepris afin d’aménager un bâtiment très endommagé qu’il faut également sécuriser (barbelés, sacs de sable couvrant les ouvertures, chicanes dans les rues d’accès à l’immeuble).Jusqu’au matin de l’attentat, alors que les explosions, les tirs d’armes et d’artillerie  se multiplient ,les parachutistes en patrouille , cherchent par leur présence à rassurer la population, à laquelle ils distribuent des vivres et du matériel, tout en essayant d’obtenir des renseignements. La veille de l’attentat, la menace contre les unités françaises se précise et le Drakkar est en état d’alerte :la surveillance est renforcée et les hommes prennent leur repos équipés. Le 23 octobre, peu après 6h15 , une première détonation retentit dans la banlieue sud de Beyrouth :le quartier général du détachement américain de la FMSB a été détruit par l’explosion d’ un camion piégé. 240 Marines ont été tués et plusieurs d’autres sont blessés. Le capitaine Thomas, commandant le 1er RCP, tente d’alerter l’état-major, la communication est interrompue : un véhicule –bombe du type camionnette pick-up vient d’exploser à l’entrée du garage au sous-sol de l’immeuble. Le bâtiment s’écroule sur lui-même , laissant place à un amoncellement de ruines sur plus de cinq mètres de hauteur. Malgré l’arrivée rapide des secours et les efforts accomplis sans interruption durant quatre jours et quatre nuits, le bilan est lourd : 63morts et 41 survivants dont 15 blessés graves sont extraits des décombres, 55 parachutistes du 1erRCP et 3 du 9ème RCP y ont laissé la vie , ainsi que l’épouse et les quatre enfants du gardien libanais de l’immeuble.

 Ce double attentat revendiqué par le Djihad islamique , provoque une vive émotion en France. Dès le lendemain, le président François Mitterand se rend sur place pour rendre hommage aux victimes et  rencontrer le président Aine Gemayel, à la résidence des  Pins, quartier général des forces françaises à Beyrouth. Il réaffirme la détermination de la France à maintenir des troupes sur place pour y assurer le maintien de la paix. Une plaque est apposée sur les lieux du drame en mémoire des victimes. Le 2 novembre 1983, la nation rend hommage aux 58 parachutistes des  1er et 9ième RCP dans la cour d’honneur des Invalides à Paris. Au total, 90 soldats français  ont perdu la vie au Liban entre septembre 1982 et mars 1984 dans leur mission de maintien de la paix.

Après 19 mois d’existence, face aux difficultés rencontrées et aux pertes subies, la Force de sécurité multinationale à Beyrouth, se retire  en mars 1984. Néanmoins, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL)demeure sur place : elle est chargée depuis 2006, en sus de son mandat d’origine, de contrôler la cessation des hostilités, d’accompagner les forces armées libanaises à mesure de leur déploiement   dans tous le sud du pays et de fournir son assistance pour aider à assurer un accès humanitaire aux populations civiles et le retour volontaire des personnes déplacées  dans des conditions de sécurité. La France demeure l’un des principaux pays contributeurs avec près de 900 soldats actuellement présents au Liban.