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Le Mémorial des Guerres en Indochine

Le Mémorial des guerres en Indochine, où sont rassemblés les restes de 20 402 militaires morts pour la France, a été officiellement inauguré à Fréjus le 16 février 1993.

 Jusqu’en 1975, 11 747 corps avaient été rapatriés, dont 9 504 par l’armée jusqu’en 1954 et 2 243 par le Ministère des Anciens Combattants entre 1955 et 1975, pour honorer les demandes de restitutions faites par les familles.

Au Sud-Vietnam, les autorités françaises avaient réussi le regroupement de la majorité des corps de militaires tués à la guerre dans une nécropole construite à Tan Son Nhut entre 1959 et 1964 (5 669 tombes individuelles et 402 en ossuaires). L’entretien de ces sépultures n’a pas présenté des difficultés particulières, même après la réunification du Vietnam

Au Nord-Vietnam au contraire, malgré les accords et un protocole financier particulier, des difficultés de mise en œuvre sont apparues dans le regroupement des corps des militaires français à Ba Huyen, prés de Bac Ninh  (18 116 corps individualisés et 2 829 corps indissociables) .Ce n’est qu’ en 1980 qu’est prise la décision de rapatrier les corps inhumés au Nord-Vietnam.

De longues négociations s’engagent alors pour aboutir à un protocole d’accord le 2 août 1986, qui établit les conditions techniques  et financières des opérations d’exhumation, prélude au rapatriement de l’ensemble des sépultures  présentes au Vietnam.

 Entre le 1er octobre 1986 et le 27 octobre 1987, 27 239 corps – dont ceux de 3 551 civils- sont ainsi rapatriés et acheminés dans le dépositoire de Puget-sur-Argens dans le Var.

 Le site choisi pour la nécropole  a été un terrain de 25 000 m² offert par la ville de Fréjus et situé sur l’ancien camp de regroupement des troupes avant leur départ pour l’Extrême-Orient. Le symbolisme des lieux était renforcé par la présence d’une pagode bouddhique appelée Hông Hiên Tu, construite en 1917, et un monument aux Morts d’Indochine,  érigé en 1983 par Luccérini, en fer forgé, situé à l’entrée de la nécropole.

 La première pierre a été posée le 19 janvier 1988 par le premier ministre d’alors Jacques Chirac.

Le Mémorial s’inscrit dans un e circulation périphérique  de 110 mètres de diamètre, s’élevant en pente douce . Le bâtiment rectangulaire  est construit en direction de la mer, route de l’Indochine.

Cette orientation est matérialisée, sur le monument lui-même, par une allée montante qui, bordée par le Mur du Souvenir, conduit au point le plus élevé de la nécropole.

Le bâtiment abrite les rangs d’alvéoles, qui ont reçu les ossements de 17 250 corps militaires identifiés. Dans la crypte, les restes de 3 152 inconnus reposent dans un ossuaire,  soit au total 20 402 morts pour la France.

A titre exceptionnel, 3 618 civils (dont 79 non identifiés) ont été inhumés sur le site, dans un columbarium édifié sous la partie nord-ouest de la circulation périphérique.

 Les restes de 3 165 militaires décédés hors guerre ont été rèinhumés collectivement au sein d’un mémorial construit sur le terrain militaire de La Légue et inauguré en 1989.

Le jardin du Souvenir, carré de 2 mètres sur 2, permet de déposer les cendres des soldats par les familles qui le souhaitent.

Il reste à l’heure actuelle au Vietnam des tombes éparses, principalement situées dans les régions ouest et nord du Vietnam, mais le temps, le climat et la végétation en ont effacé les traces.

La mémoire de tous les combattants Morts pour la France en Indochine sera conservée par l’inscription de leur nom sur le mur du Souvenir. Sur un autre mur, les associations pourront apposer des plaques commémoratives.

Le 20 novembre 2012 a été scellée l’urne du général Bigeard dans la nécropole

A l’entrée du site, un pavillon d’accueil abrite une salle historique, où sont évoqués sobrement les combats. Aucun personnage –ou unité célèbre- n’est cité. Ne reste que l’image du soldat et le souvenir de sa présence sur la terre indochinoise. Des cartes lumineuses situent les actions dans leur environnement géographique. Sur la table centrale, maquettes et dioramas en montrent les aspects spécifiques. Alentour, des livres et photos reflètent la vie des combattants.

 Longtemps retardée, l’inauguration du Mémorial des guerres d’Indochine a eu lieu le 16 février 1993, au retour du voyage du Président de la République au Vietnam. Quelques milliers d’anciens s’étaient rassemblés pour honorer leurs camarades. La cérémonie a été sobre et très digne. Après les prières dites par les représentants de toutes les confessions une gerbe a été déposée par J.J Beucler, président du Comité d’entente et par le maire de Fréjus, puis la plaque commémorative a été dévoilée par le président de la République, suivi d’une brève allocution prononcé dans un silence émouvant.

 En voici  le texte :

   Mesdames et Messieurs,

 Ce moment , nous l’attendions tous et vous surtout, combattants d’Indochine, depuis qu’a été prise il y a sept ans la décision d’édifier à Fréjus le Mémorial des Guerres en Indochine et plus particulièrement  la nécropole où reposent plus de 20 000 des nôtres.

 Je découvre en ce jour cet admirable site, ce monument, cette nécropole, ce mur qui invite à la réflexion. C’est ici que s’achève le parcours de ceux qui, militaires et civils, sont tombés dans leur lutte contre l’occupant japonais, ensuite ceux qui ont pris les armes pour exécuter la mission que leur avait confiée le gouvernement de la République.

 C’est la deuxième fois en l’espace de quelques jours que j’apporte à nos soldats d’Indochine l’hommage de la France. Je l’ai fait mercredi sur les lieux mêmes où s’est livrée la dernière bataille afin de bien marquer qu’il y a des sacrifices que les vicissitudes de l’histoire n’effacent pas.

 Je le fais de nouveau , aujourd’hui, parce que c’est là, en terre française et en présence de leurs camarades de combat, que nous inscrivons le souvenir des morts, pour qu’on sache de génération en génération ce que fut leur peine et leur gloire. Je n’oublie pas non plus les blessures reçues là-bas et dont beaucoup de survivants souffrent encore. Je n’oublie pas les prisonniers détenus dans d’atroces conditions et qui ont dû attendre quarante ans pour se voir reconnaître le statut qu’ils méritaient. Je n’oublie pas l’histoire douloureuse qui a vu notre armée remplir son devoir jusqu’à l’amertume des tâches inaccomplies parce qu’on inverse pas, sans doute, le mouvement du temps.

 En suivant il y a un instant les travées de la nécropole et le mur des souvenirs qui comportera le nom de l’ensemble des tués et disparus  des guerres en Indochine, je me remémorais le sacrifice de tous ces soldats morts là-bas, métropolitains, légionnaires, africains, nord-africains, vietnamiens, tombés au champ d’honneur. Ils ont été des milliers de soldats à s’illustrer ainsi en Indochine, dont les combats portent les noms qui pour nos contemporains signifient une longue trace déchirante-Dong Khe, Cao-Bang, Coc-Xa, Vinh-Yen, Dong-Trieu, Hoa-Binh, Na-San et bien sûr Dien Bien Phu et j’en passe – tous ces lieux qui ont vu nos soldats apporter leur bravoure.

 C’est d’ici, de Fréjus, que partaient autrefois les troupes engagées en Extrême-Orient et c’est ici, à Fréjus, qu’on pourra venir se recueillir pour penser aux vertus de soldats qui, après tant d’autres et sur tant de champs de bataille, à travers les siècles, ont offert leur courage et leur vie à la France.

 Méditons, mesdames et messieurs, leur exemple qui, de tous les legs qu’ils nous ont transmis, restera le plus précieux et tâchons , les uns et les autres, de servir là où nous sommes comme ils ont su le faire sans se demander s’ils seraient compris ou incompris.

 Aux soldats et aux civils inhumés dans la nécropole, à tous ceux dont le nom sera gravé sur le mur du souvenir, j’exprime solennellement la reconnaissance de la Nation.