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Le Général de Lattre en Indochine en 1951

 

 

 

 

 

Le 6 décembre 1950 , le Conseil des ministres nomme le général de Lattre de Tassigny , Haut-Commissaire de la République et Commandant en chef des forces en Indochine . Le général a accepté par devoir cette double responsabilité . << Je n'ai pas demandé à venir ici. on m'en a prié >> aurait-il déclaré le jour de son arrivée à Saïgon , mais il est bien décidé à redresser sur tous les plans une situation militaire qui s'est fortement dégradée et à rendre effective l'indépendance du Vietnam sous la souveraineté de Bao Daï.

L'avion d'Air France , qui a décollé d'Orly , le 15 décembre , se pose le 17 , sur l'aérodrome de Tan Son Nhut a 10km de Saïgon . Le général de Lattre est accueilli par Jean Letourneau , ministre d'Etat chargé des relations avec les états associés et le général Carpentier , auquel il tourne le dos après l'avoir à peine salué.

Le général est mécontent de la tenue des troupes qui lui rendent les honneurs et il est outré de la pagaille qu'il constate dans les services du corps expéditionnaire . Aussitôt , par une série de décisions radicales , il entend restaurer la confiance , renouer avec la victoire et amener l'Etat de Bao Daï à s'assumer pleinement.

Le 19 décembre , après avoir rencontré l'empereur à Dalat , le général de Lattre gagne Hanoï ou il assiste à un défilé qu'il a voulu grandiose . pour ce faire , il n'a pas hésité à retirer des troupes qui étaient au contact de l'ennemi il y a peu de temps . Peu après , il réunit  tous les officiers de la garnison dans les salons de la maison de France . Devant des colonels et des généraux , il prononce ces mots qui marqueront les mémoires << je suis venu pour vous les lieutenants et les capitaines . L'ère des flottements est révolue . Je vous garantis que vous serez désormais commandés. Je vous apporte la guerre , mais aussi la fierté de cette guerre. >>

Impératif premier du général : tenir le Tonkin , par conséquent cesser les évacuations Première évacuation stoppée , celle de Tien Yen , dans la zone côtière , investie par le Viet-Minh . Le 1er janvier , la colonne Beaufre passe à la contre-offensive dans cette zone et les viets se replient .

Puis c'est la victorieuse bataille de Vinh Yen qui va marquer la nouvelle impulsion donnée au Corps expéditionnaire . Le 14 janvier , Giap lance ses deux divisions , la 308 et la 312 , à l'assaut du Delta dans l'espoir d'entrer  à Hanoï avant le Têt . Le premier effort de Giap se porte sur l'extrémité ouest de la zone de défense du Delta . Le GM 3 de Vanuxem se replie et s'enferme dans Vinh Yen . Vinh Yen sera dégagée par une contre-attaque appuyée par l'artillerie et l'aviation qui utilise le napalm pour la première fois . Le 17 au matin les régiments viets refluent vers leurs bases de départ. La bataille aura durée trois jours et les groupes mobiles de Vanuxem , Edon et Redon auront fait échec aux viets qui perdront 1500 tués. 

La deuxième offensive vietminh contre le Delta sera la bataille de Dong Trieu . Commencée le 23 mars avec l'engagement des deux divisions viets reformées et concentrées dans le massif de Dong Trieu et renforcées par deux régiments de la division 316 . Dans la nuit du 29 au 30 mars , les viets , en formation massives montent à l'assaut du petit poste de Mao Khé - Mines , tenu par une compagnie de partisans thôs aux ordres du lieutenant Toan . Tandis que la garnison résiste avec opiniâtreté , le 6éme BPC parti en avant-garde du groupement d'intervention Sizaire constitué la veille à Sept Pagodes arrive en début d'après midi sur le champ de bataille . Sa progression est bloqué par les viets qui s'accrochent aux collines alentour . Le combat se poursuit pendant la nuit et le lieutenant Toan en profite pour se replier sur Mao Khé ou il est rejoint par le 6éme BPC . Les parachutistes se retranchent dans le village avec un peloton du RICM tout près du poste de Mao-Khé Eglise tenu par le 30éme BMTS . Giap lance deux régiments à l'assaut à 2h00 du matin et pénètrent dans le village , mais les défenseurs tiennent bon et les assaillants soumis aux tirs d'arrêts de l'artillerie de Dong Trieu piétinent . Le groupement Sizaire arrivant à marche forcée se lance à la contre-attaque . Les viets se replient sur les montagnes toutes proches . La bataille s'achévera le 31 mars par la résistance victorieuse de Mao Khé où les viets laisseront 400 tués en se repliant. Une fois de plus de Lattre et Salan avaient tenu tête à Giap.

A la fin du mois de mai 1951 , Giap lance sa troisième offensive dans le delta. Objectif : le Day et plus particulièrement Phu Ly , Ninh Binh et Phat Diem dans la nuit du 28 au 29 , le gros de la division 308 entre dans Ninh Binh . Le régiment 102 déborde par le sud en détruisant une série de petits postes tandis qu'au nord la division 304 enléve plusieurs postes coupant les routes de Phu Ly et de Nam Dinh. Dans le secteur de Phat Diem , la division 320 encercle plusieurs postes et pousse en direction de Thaï Binh . Les réserves du Corps expéditionnaire sont mises en marche , deux bataillons de parachutistes sont largués sur Dang Dong et Thaï Binh , trois groupements mobiles une Dinassaut,deux commandos de partisans et le BM du 1er RCC sont dirigés sur la zone . Ce dernier débarqué à Ninh Binh occupe les pitons calcaires qui dominent le Day . Attaqué durant toute la nuit , le BM/1er RCC est submergé . Le fils du général de Lattre est tué au cours du combat . Une contre-attaque d'abord avec le commando Vandenberghe puis par le GM 1 reprend le piton.

Quarante huit heures après le déclenchement de son offensive contre Ninh Binh et Phuly , le Vietminh est repoussé sur ses bases de départ . Le front du Day connait trois jours d'une relative accalmie . Puis le 4 juin , Giap jette ses troupes sur les trois axes qui forment le triangle Ninh Binh ,Yen Phuc , Yen Cu Ha . C'est ce dernier poste , situé à 8 km en aval de Ninh Binh et défendu par une compagnie de partisans ,renforcée du << commando Romary >> qui va recevoir le choc principal . Les viets lancent plusieurs assauts , pénètrent dans le poste , en sont rejetés . Une compagnie du 7éme BPC relève ce qui reste de la garnison et repousse les viets la nuit suivantes . Au matin , l'aviation surprend les viets à découvert qui décrochent en direction des calcaires.

Repoussé par trois fois avec de lourdes pertes dans ses offensives de 1951 contre le delta , le Vietminh oriente ses efforts sur le dispositif du nord-ouest afin d'attirer les réserves mobiles en Haute-Région . Objectif : Nghia Lo , principal verrou Français en pays Thaï . Moyens , la division 312 . Informé des préparatifs et des mouvements de l'adversaire , le général Salan décide de défendre Nghia Lo et prépare la riposte . Il laisse les régiments viets progresser et s'amasser autour du poste , puis le 2 octobre , il fait parachuter le 8éme BPC à Gia Hoï à 20 km au nord de Nghia Lo pour provoquer une menace sur les arrières des colonnes ennemies . Dans la nuit les réguliers du régiment viet 141 attaque le poste . La garnison , le Bataillon thaî n°1 , appuyé par l'aviation , bloque tous les assauts tandis que le régiment viet 165 s'en prend vainement au poste de Son Buc situé à une dizaine de km au sud-est . Entré en lice dès la fin des combats de Nghia Lo , le 8éme BPC se heurte au régiment 209 et les accrochages durent plusieurs jours . Dans la journée du 4 , le largage du 2éme BEP aux côtés du 8éme BPC aggrave la menace sur la division 312 . Giap cependant relance une attaque sur Nghia Lo qui une fois encore résiste avec succès . Le 6 octobre  , le 10 ème BPCP est parachuté pour renforcer la garnison et dégager le poste de Son Buc . L'échec du Vietminh est désormais assuré et il bat en retraite . Les Français viennent de l'emporter dans une région accidentée et boisée , habituellement favorable au Vietminh et l'intervention des bataillons parachutistes s'est révélée déterminante.

A la mi-novembre 1951 , rompant avec l'attitude défensive observée depuis l'affaire de la RC 4 , le général de Lattre , revenue en Indochine à la fin d'octobre , décide de provoquer le Vietminh et de l'attirer dans une bataille autour de Hoa Binh , au coeur du pays muong , position charnière et noeud de commmunications fluviales (Rivière Noire) et terrestres (RC 6) entre le Thanh Hoa , demeuré depuis 1945 entre les mains des viets , et le pays thaï . Au moment ou va se discuter le budget de l'Indochine , les hommes politiques Français escomptent des succès offensifs . Le général veut également encourager les Américains à s'engager davantage dans le combat pour le monde libre qu'il mène au Tonkin.

Après l'occupation de la trouée de Cho Ben le 10 novembre , l'action principale est menée trois jours plus tard par trois bataillons parachutistes largués sur Hoa Binh et trois groupements mobiles , deux sous-groupements blindés et deux Dinassauts qui convergent par la route et la rivière vers la ville. le 15 novembre l'offensive s'achève et Hoa Binh est aménagé en camp retranché . La réaction de Giap est immédiate et il rameute presque tous ses régiments réguliers sur Hoa Binh . Il lance dans la bataille trois divisions : 304 , 308 et 312 pour couper les communications avec le delta . La bataille de la Rivière Noire commence le 9 décembre et menace de se transformer en bataille d'usure . A l'évidence , Giap entend fixer les Français afin d'attaquer le delta . Après un échec contre le poste de Xom Pheo , farouchement défendu , Giap veut isoler Hoa Binh et prendre au piège les groupes mobiles . A partir du 11 janvier 1952 jour ou le général de Lattre s'éteint dans une clinique de Neuilly.

Il faut faire des ouvertures de route sur la RC 6 et le 31 janvier la liaison est enfin rétablie après avoir , avec des moyens importants , repris le contrôle des 40 km de route . Le général Salan qui a succédé au général de Lattre décide alors d'évacuer le camp retranché le 22 février par une opération surprise contre laquelle les viets n'ont pas le temps de réagir.

A ce moment là , aucun des deux camps n'est en mesure d'emporter la décision , Giap est incapable d'envahir le delta et d'y affronter victorieusement les Français et ceux-ci n'ont pas les moyens d'aller déloger les viets de leur repaire de la haute région , ou bénéficiant de l'aide chinoise , ils peuvent se reconstituer après leurs échecs.

Le général de Lattre a accéléré le processus de création des Forces Armées Vietnamiennes . Le recrutement s'est fait sous le signe voulu de l'amalgame avec la France et toutes les catégories sociales de la population . Le 20 novembre le général de Lattre a quitté l'Indochine . Il promet de revenir. De retour à paris , il expose devant le Haut Conseil de l'Union Française , la situation qu'il laisse en Indochine et se veut résolument optimiste et confiant dans l'avenir , mais le 11 janvier 1952 il meurt . L'oeuvre entreprise ne pourra être poursuivie. Trente mois plus tard la France quittait l'Indochine.