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La Guerre dans le delta Tonkinois (1953-1954)

                   La Guerre dans le delta Tonkinois (1953-1954)               

En mai 1950 , s'achevait l'occupation totale du delta du Tonkinois par le corps expéditionnaire Français avec l'opération Foudre. Le delta était une zone vitale et essentielle pour les Français qui y avaient leurs arrières , leurs bases et leur principal réseau de manoeuvre , mais territoire également vital pour le viet-minh car il y trouvait son réservoir d'hommes et son grenier à riz. Le riz constituait non seulement la base de l'alimentation des soldats du viet-minh et des civils , mais également la base économique et monétaire du système viet-minh.

Cette occupation ne fit pas cependant disparaître le système politico-militaire du viet-minh mis auparavant en place , mais le plongea dans la clandestinité en attendant des jours meilleurs . Ceux ci arrivèrent fin 1950 avec l'effondrement des positions Françaises à la frontière de Chine et la retraite de Cao-Bang . Dès lors le delta tonkinois devenait l'objectif principal du viet-minh.

S'appuyant sur son organisation politico-militaire , en plein dispositif français , le viet-minh amplifia sa propagande , mis en place des comités de résistance ,embrigada et endoctrina les villageois , arma les guérilleros , fortifia les villages et coupa les axes routiers utilisés par nos forces avec l'aide volontaire ou non des populations.

le rôle du corps expéditionnaire dans le delta consista alors à ouvrir chaque jour les routes , les digues pour s'assurer des axes , à contrôler les villages et à rechercher les unités viet infiltrés , tandis que les centaines (920 en 1954) de postes plus ou moins importants ou plus ou moins vétustes , implantés , s'efforçaient de créer un périmétre de sécurité autour de leur position . Mais les effectifs du corps expéditionnaire devinrent rapidement insuffisants pour rayonner largement et des zones importantes furent ainsi livrées au viet-minh . Celui-ci au contraire avec des effectifs inférieurs mais s'appuyant sur la population , pouvait se concentrer et attaquer les postes à l'heure de son choix.

Du point de vue du terrain , l'hydrographie handicapa en permanence les troupes Françaises sur un espace de 15.000km2 ou vivaient 8 millions d'habitants dans 4000 villages . Cinq cents mètres de rizières inondées défendaient les rebelles de toute surprise tandis que les boqueteaux de bambous et les haies leur offraient des axes de repli en cas d'attaque.

Tout cela explique pourquoi les 80.000 hommes du corps expéditionnaire et de l'Armée Nationale Vietnamienne , derrière le barbelés du poste , souvent harcelés , n'aient pu empêcher le viet-minh de s'implanter dans le delta tonkinois et de s'y maintenir malgré les opérations de nettoyage déclenchées réguliérement avec des moyens importants par le commandement Français.

Il serait vrai de dire que de 1947 à 1950 la pacification avait progressé , car le viet-minh cherchait alors à s'imposer par la crainte. Mais le viet-minh en installant progressivement par la suite , partout ses organismes politiques , administratifs , économiques et financiers se présentait de plus en plus comme le pouvoir légitime tandis que notre tactique d'opérations de nettoyage nous désignais moralement comme l'envahiseur.

Nos groupes mobiles étaient mal adaptés à la poursuite des unités viet infiltrés . Ils étaient formés pour s'opposer aux divisions viet,ce qui n'arriva d'ailleurs jamais dans le delta , mais là , après leur passage, il n'y avait plus grand chose qui restait pour entretenir le travail effectué et le viet-minh reprenait aussitôt pied sur le terrain.

Et nous sommes donc partis en 1955 du delta , faisant pendant plusieurs mois des replis successifs derriére des lignes définies , laissant derriére nous des centaines de camarades tombés dans un village fortifié ou dans une embuscade sur un axe ou dans un poste enlevé par les viets ou ayant sauté sur une mine , en nous rappelant toujours la boue des rizières collée aux chaussures , les routes coupées en touches de piano , la propagande de nuit par haut-parleur en direction des supplétifs , les harcélements par mortier et l'attaque des postes.

j'ai connu cette fin de conflit dans le delta ou après avoir fait sauter sur ordre mon poste tenu avec une compagnie de partisans et quelques Tirailleurs  Sénégalais  à Co-Lieu au bord du fleuve Rouge puis être récupéré par la marine , je me suis retrouvé pendant plusieurs semaines avec des Trailleurs Sénégalais à Luu-Khé dans des emplacements de combat creusés sur la digue du fleuve après le repli de la zone sud. j'ai vu une floraison de drapeaux viet-minh autour de ma position qui avait été harcelée la veille , le matin du cessez le feu , le 27 Juillet 1954 , dans la plupart des villages qui m'entouraient . Ce fut ensuite le repli de ligne de repli en ligne de repli du delta tonkinois jusqu'au 17éme paralléle.

Général (2S) Jean BRUN