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La guerre d’Indochine 1952-1953

A son départ d’Indochine le 19 décembre 1952, le général de Lattre déclare au Général Salan »Vous avez toute ma confiance. Maintenez -vous à Hoa Binh comme vous avez gardé Nghia Lo » Durant deux mois, du 1er décembre 1951 au 31 janvier 1952, a bataille de fixation du corps de bataille viet à Hoa Binh va se dédoubler en une bataille de la Rivière Noire, marquée par les violents combats du secteur de Tu Vu et du Rocher Notre-Dame et une bataille de la R .C 6. Partout, comme à Xom Phéo, le 8 janvier, les postes résistent aux vagues d’assaut viets. Les opérations de dégagement de la route donnèrent lieu à d’intenses combats, coûtant aux Viets plus de 3 000 tués. Les 22 000 hommes du CEF  ,engagés à Hoa Binh, vont pouvoir évacuer le secteur et se replier dans le delta à nouveau menacé par les divisions 316 et 320. L’opération d’évacuation sera brillamment menée en trois jours du 22 au 25 février 1952.

 Les nouvelles opérations de nettoyage du Delta vont peu à peu chasser les divisions viets infiltrées en mars et avril. Giap reportera à nouveau ses forces en Haute-Région. En septembre, trois divisions envahissent le pays Thaï et cette fois s’emparent de Nghia Lo tandis que le bataillon Bigeard, largué sur le poste de Tulé, réussit à se replier sur Nasan , camp retranché organisé autour de l’aérodrome pour accueillir les unités en retraite. L’opération « Lorraine » est lancée début novembre pour détourner les unités viets de Nasan. Cette action de grande envergure en zone profonde vietminh dans la région de Phu Doan, permet la destruction de très importants dépôts. Le 23 novembre 1952, Giap déclenche avec neuf bataillons son assaut contre la base aéroterrestre de Nasan. Durant six jours, les viets se lancent en vain contre les points d’appui tenus par des légionnaires et des unités thaïs. Le 2 décembre  les unités viets se retirent.

Le conflit indochinois fut une guerre sans front , mais rares furent les colonnes ou les groupements français qui se révélèrent capables de »nomadiser »  comme les unités ennemies. Pour apporter un remède à cette situation , les FTEO durent accrocher leurs manœuvre à des points d’amarrage qui étaient à la fois des bases logistiques , des camps retranchés de circonstances et les points de destination de nos renforts. Reliés par voie terrestre ou par voie aérienne avec les sources de ravitaillement du Delta, ils permettaient d’alimenter les combats et de tracer dans le sillage des bataillons quelques tronçons de pistes indispensables à l’emploi des moyens motorisés.

La conception de points d’amarrage se modifia peu à peu. D’auxiliaires de la manœuvre comme  Hoa Binh, les bases aéroterrestres devaient en devenir l’élément essentiel et on allait leur demander de fixer l’ennemi comme les places fortes de jadis. Cette nouvelle orientation apparut nettement en novembre 1952 à Nasan où le commandant en chef de l’époque, le général Salan décida d’imposer la bataille  à l’adversaire sur un terrain favorable aux Français  desservi par un terrain d’aviation permettant le ravitaillement régulier des unités combattantes. L’avantage de la formule était tout d’abord que l’avion libérait les troupes de l’hypothèque de défendre une ligne de communication.

 Nasan remplit les trois objectifs principaux qui lui avaient été fixés : recueillir les garnisons isolées de la zone nord-ouest, empêcher les unités vietminhs d’exploiter vers Laïchau leur succès de Nghia Lo, ensuite résister si le camp retranché était attaqué. Sans artillerie et DCA , les divisions de Giap ne purent à Nasan , ni neutraliser la piste d’aviation, ni s’emparer des points d’appui quelles assaillirent

Fin mars 1953, s’ouvrit l’offensive vietminh sur le Laos. Son objectif était de prendre le contrôle des provinces de  Sam Neua et de Tranninh, de la vallée de la Nam Ou et par delà de Luang Prabang. Alerté dès le début du mois des intentions de l’adversaire, le général Salan décide d’accepter la bataille en Plaine des Jarres où l’aérodrome de Xieng Kouang fut transformé en camp retranché.A partir du 17 mars, un pont aérien commence à fonctionner amenant homes, véhicules, armes, munitions et barbelés.

Après avoir complètement disloqué les troupes franco-laotiennes qui venaient d’évacuer Sam Neua sur du Commandant en chef, les formations en tête des divisions vietminh parvinrent le 20 avril à proximité de la Plaine des Jarres sur laquelle avait été repliée la majeure partie des petits postes du Tranninh ainsi que la garnison de Xieng Kouang. Le camp retranché disposait alors de 7 bataillons et de 2 batteries d’artillerie. Estimant ses moyens insuffisants pour déclencher une action de force , le vietminh se borna à investir la place à distance.

 Il en fut de même pour la colonne chargée de s’emparer de Luang Prabang. Apprenant que la ville était solidement tenue suite aux renforts qui y avaient été aérotransportés les 24 et 30 avril, elle s’arrêta avant d’être arrivée au contact des défenses. Le 9 mai ,le  Vietminh entama un repli général de ses unités et les troupes franco-laotiennes passèrent à la contre-attaque à partir des camps retranchés.

Le 8 mai 1953, le général Navarre succède au général Salan. Persuadé de la nécessité de rompre avec le passé, le nouveau commandant en chef décide de reprendre une stratégie souple et dynamique pour battre le vietminh sur son propre terrain. Ne pouvant mener faute de moyens suffisants une bataille générale de destruction, il va substituer à cette action massive une guerre « de course » faite de raids qui consisteront à asséner des coups violents à l’adversaire. La première opération est »Hirondelle »qui prend la forme d’un raid aéroporté sur Langson, localité constituant le plus important centre de ravitaillement vietminh. Par là transitait le matériel, les vivres et les munitions arrivant de Chine et destinés aux divisions de l’Armée populaire de Giap. Le 17 juillet deux bataillons parachutistes sont largués à deux kilomètres de Langson tandis que le GM5, débarqué à Pointe-Pagode se porte en élément de recueil à Dinh Lap. Les dépôts sont détruits. Le lendemain la totalité des parachutistes est regroupée. Le raid sur Langson est un succès complet.

En juillet 1953, le corps de bataille vietminh est réparti en deux masses principales de part et d’autre du delta tonkinois : un groupement de trois divisions au nord dans la région de Thaï Nguyen et Tuyen Quang, un autre également de trois divisions au sud de la ligne Phu Li-Thanh Hoa. Dex régiments opèrent au Nord-Laos et en pays Thaï contre les maquis du GCMA. Giap dispose de la division 325 au Nord-Annam et de 3 000 hommes du Lien Khu V au Sud-Annam. De cette implantation, le général Navarre déduit trois possibilités d’action de l’ennemi : une offensive générale, toutes forces réunies , contre le delta, une attaque sur le Laos, soit sur la direction Vinh-Thakkek pour couper en deux le théatre d’opération indochinois, soit cotre le Haut-Laos à partir de Dien Bien Phu et du Tanh Hoa. Pour faire face à ces menaces, le commandant en chef fait entreprendre en Haute-Région, au Centre-Vietnam et dans le delta tonkinois une série d’opérations destinée à contrarier la préparation de l’offensive d’automne vietminh. Après « Hirondelle », ce fut « Camargue » dans la »Rue sans Joie » en Annam, puis « Brochet »dans le Hung Yen, puis « Mouette » dans le secteur de Phu No Quan et enfin »Atlante » entre Tourane et Nha Trang

Giap prescrit alors aux troupes vietminhs de déclencher une séries d’offensives destinées à provoquer la dispersion des réserves des FTEO. Le 21 décembre 1953, la division vietminh 325 à   partir de la cordillère annamitique  déboucha à Nape et Naphao , bouscula ou déborda tous les éléments de couverture du secteur qui durent se replier rapidement. Thakhek fut évacué sans combat et occupé le 26 par l’ennemi. Il ne restait plus alors pour arrêter son avance vers le sud que la base aéroterrestre de Seno que le général Salan avait créée en prévision de cette offensive, avec le GM 2. Aussitôt le Commandant en chef fit affluer les réserves prélevées sur le Tonkin : le GM 1 et  5 bataillons parachutistes aérotransportés entre le 25 et le 30 décembre. Ces troupes furent engagées dans de violents combats en particulier à Bam Na Khémay, Ban Son Hong et Ban Hine Su qui aboutirent à la reconquête du terrain perdu.

Pendant ce temps, les Français s’installent à Dien Bien Phu à partir du 20 novembre 1953 avec le parachutage de 6 bataillons parachutistes dont trois seront retirés en décembre et janvier