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L’Indochine (1945-1948)

A la suite de la capitulation japonaise du 16 août 1945 , le Viet-Minh s’empare du pouvoir  et proclame l’indépendance du Viet-Nam le 2 septembre 1945. C’est dans ce contexte politique particulièrement trouble, compliqué encore par l’application des dispositions de la conférence de Postdam (partage du pays en deux zones de part et d’autre du 16 ème parallèle, britannique au sud, chinois au nord) que le général Leclerc, commandant du CEFEO, est chargé de restaurer l’autorité française en Indochine. Ne disposant dans l’immédiat que du 5ème RIC, Leclerc porte d’abord son effort sur la Cochinchine. Le 12 septembre , 120 hommes du 5ème RIC , conduits par le lieutenant-colonel Rivier, sont aérotransportés à Saïgon avec les premiers éléments de la 20ème division indienne du général Gracey. Le reliquat du 5ème RIC débarque à Saïgon le 3 octobre , suivi 12 jours plus tard du GM/2ème DB et de quelques petites unités de la 9ème DIC, éléments précurseurs du CEFEO  Le 30 octobre , le général Leclerc accueille à Tan Son Nhut , l’amiral Thierry d’Argenlieu, haut-commissaire de France en Indochine.

Décidé à reprendre le plus rapidement possible le contrôle de la Cochinchine, le général Leclerc engage au fur et à mesure de leur arrivée les unités du CEFEO. Une première opération d’envergure « Moussac » est déclenchée le 22 octobre en direction de My Tho, clé de la navigation sur le Mékong, avec le GM/2ème DB. La progression est stoppée par des coupures de route et c’est un bataillon débarqué à proximité de l’agglomération qui s’en empare par surprise. Après My-Tho, ce sont successivement les prises de Go Cong par la compagnie de débarquement du « Richelieu », Vinh Long par le SAS B qui enlève également Cantho et Cai Rang, puis  Tay Ninh, Hon Quan, Loc Ninh et Budop. En Sud-Annam, la compagnie A du 5ème RIC occupe après un furieux combat, Ban Me Thuot le 5 décembre. A la mi-décembre , tous les principaux centres du delta du Mékong et du nord de la Cochinchine sont aux mains des Français de même  que le Cambodge et le Laos.

 Le 6 janvier 1946, le Vietminh remporte les élections dans le territoire contrôlé par le gouvernement vietnamien ;

Le 28 février 1946, à Tchoung King, le général Salan signe l’accord de relève par les troupes françaises des forces chinoises qui occupent le nord du 16ème parallèle. Sainteny est alors Haut-commissaire de la République pour le Tonkin et l’Annam du nord.  Le 6 mars, les accords Sainteny-Ho Chi Minh, qui reste ouvert au dialogue, garantissent le retour pacifique de la France au Tonkin contre une reconnaissance de l’indépendance du Vietnam. La France reconnait » la République du Vietnam comme un Etat libre ayant son gouvernement, son parlement, son armée et ses finances faisant partie de la Fédération Indochinoise et de l’Union française » et s’engage dans un accord annexe à retirer ses troupes dans cinq ans. L’organisation d’un référendum

est prévue dans le sud.  Le  8 mars, une flotte transportant les éléments de la 2ème DB et de la 9ème DIC se présentent devant Haïphong. Elle est reçue à coups de canon par les Chinois. Des pourparlers s’engagent. Le général Leclerc rencontre Giap. Le 18 mars, les troupes françaises, général Leclerc en tête, entrent à Hanoï sous les acclamations de la population européenne, arrivée enfin au terme de ses épreuves. L’accord du 6 mars est très critiqué en France. D’Argenlieu conteste les dispositions militaires de l’accord annexe .Ho Chi Minh est invité à venir discuter en France. d’argenlieu en accord avec le ministre Moutet ,fait proclamer le 1er juin 1946 , la République autonome de Cochinchine en violation des accords du 6 mars. La conférence de Fontainebleau s’ouvre le 22 juin, entre Ho Chi Minh et le gouvernement présidé par Georges Bidault. Le 14 septembre Ho Chi Minh signe un accord de »modus vivendi » avant de rentrer. Le 10 septembre, les Français reprennent le service des douanes qui devait être négocié. A Haïphong, les Vietnamiens s’opposent à un contrôle douanier le 20 novembre. Ho Chi Minh propose de réunir la commission mixte des douanes. Le général Valluy qui remplace D’Argenlieu à Paris câble au colonel Dèbes le télégramme suivant : »Suite événement du 20, estime indispensable profiter incident pour améliorer notre position Haïphong. Le moment est venu de donner une dure leçon à ceux qui nous ont traîtreusement attaqués .Par tous les moyens à votre disposition vous devez vous rendre maître complètement d’Haïphong et amener le gouvernement et l’armée vietnamienne à résipiscence ». Dèbes attaque le 23 novembre et fait bombarder Haïphong par trois navires de guerre. Il y aurait eu plusieurs milliers de morts , essentiellement des civils.

Le bombardement du port d’Haïphong par la marine française montre que la politique de la France envers la République démocratique du Vietnam va changer et  de son côté, Ho Chi Minh va changer d’attitude.

Le 19 décembre 1946, vers 18h00, le chef du 2ème bureau à est informé par un eurasien d’une attaque imminente du Vietminh. Les permissionnaires sont rappelés et les troupes mises en état d’alerte . A 20h04 précises ,les viets font sauter l’usine électrique, plongeant la ville d’Hanoï  dans l’obscurité.  Les réguliers et les milices du vietminh attaquent les quartiers européens et les envahissent. Partout retentissent des coups de feu, des explosions et des clameurs. Les troupes   françaises sur leurs gardes ripostent. Les civils -7000 environ-auxquels des fusils et des grenades ont été fournis se défendent âprement , barricadés dans leurs maisons tandis que des patrouilles blindées se portent à leur secours. A l’aube, les positions françaises sont intactes. Les troupes du général Morlière passent à la contre-attaque et le soir les viets ne tiennent plus dans Hanoï que les quartiers sino-annamites et les quartiers périphériques qui seront dégagés quelques jours plus tard à l’issue de combats particulièrement violents.

Marqué dans ses premiers mois par les problèmes du Tonkin, le commandement du général Valluy, successeur du général Leclerc, est donc confronté au coup de force vietminh du 19 décembre 1946.

En deux mois de combat, les troupes de Valluy vont reprendre le contrôle de Hanoï, Haïduong et Nam Dinh et dégager en Annam Tourane et Hué. Puis tandis que le CEFEO est bien réinstallé au Cambodge, au Laos, au Pays Thaï et au Sud-Annam, Valluy décide en février 1947 de commencer une pacification réelle de la Cochinchine .Mais l’établissement d’un demi-millier de postes , le ralliement des sectes et les opérations menées dans la Plaine des Joncs et à la points de Camau par le général Nyo  ne suffisent pas à mettre fin à la guérilla, malgré la reprise des grandes opérations en janvier 1948 comme « Véga » toujours en Plaine des Joncs. Le plan Valluy consiste ensuite à frapper le Vietminh au Tonkin, dans son réduit national de la région de Bac Kan et de Thaï Nguyen. Pendant trois mois , du 7 octobre au 23 décembre 1947 , 12 000 hommes vont investir le réduit et disloquer les bataillons viets , sans parvenir à la victoire décisive. Ho Chi Minh restera insaisissable.