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Opération BARBAROSSA

Opération « Barbarossa »

 Egalement appelé pacte germano-soviétique ou encore pacte Molotov-Ribbentrop du nom des deux émissaires mandatés, ce traité stipule que l’Allemagne nazie et l’URSS ne peuvent s’attaquer mutuellement , ni prendre part à une alliance qui menacerait l’un ou l’autre des pays. De plus un protocole secret répartit des territoires entre l’Allemagne et l’URSS (Scandinavie, Pays baltes, Pologne, Roumanie)

   L’Union Soviétique  avait cependant tenté un rapprochement stratégiques avec les Alliés français et britanniques dès 1938. Churchill écrira d’ailleurs dans ses mémoires que »les Soviétiques ne furent pas consultés face à la menace hitlérienne  et furent traités avec une indifférence , pour ne pas dire un dédain, qui marqua l’esprit de Staline. Les événements se déroulèrent comme si la Russie soviétique n’existait p as. Nous avons après-coup terriblement payé cela »

 Longtemps tenu secret par le bloc soviétique , ce pacte fixait également les termes du partage de la Pologne par les nazis et les Russes. De plus, une clause particulière prévoyait que les services de renseignement des deux pays, la Gestapo pour l’Allemagne et le NKVD pour l’URSS , s’engageaient  à se livrer mutuellement les réfugiés germaniques et soviétiques résidant dans lesdits pays.

 En conclusion, chaque partie trouva son intérêt pendant deux ans dans ce pacte. Le IIIème Reich rapatria ses divisions , notamment blindées , vers l’ouest et put ainsi mener une guerre-éclair  contre la France qui se trouva envahie. L’URSS de son côté put retarder au maximum la guerre sur son territoire et ainsi rattraper  le retard de son armée. Elle créa également une zone tampon à l’ouest pour protéger les centres politiques et économiques du pays.

 Contrairement à ce qu’a pu supposer Staline, Hitler souhaitait affronter le géant soviétique le plus tôt possible. Il expliqua à ses généraux qu’il visait une défaite rapide des puissances occidentales, afin de se consacrer à la campagne de Russie, considérée comme un espace vital pour le peuple allemand, le fameux Lebensraum prôné dans Mein Kampf.

 Conscient des erreurs de Napoléon, le commandement allemand prévoit de constituer trois groupes d’armées chargés d’empêcher les Soviétiques de se replier en pratiquant la »terre brulée ». Le groupe d’armée nord est chargé de s’emparer de Leningrad, le groupe centre doit contrôler l’axe Minsk-Smolensk-Moscou, Le groupe sud doit prendre le contrôle de Kiev.

 Selon les prédictions du Führer, l’URSS ne devait pas résister plus de quelques mois  à la puissante Wehrmacht et à ses alliés, surtout après les premières défaites russes en Finlande (guerre de l’hiver 1939)qui confirmèrent les faiblesses de l’Armée Rouge dont les pertes humaines atteignirent 390 000 morts en seulement quatre mois. Pour atteindre leur objectif, les autorités nazies prévoient la »mort par la faim »de 20 à30 millions de Soviétiques considérés comme des untermenschen (sous-hommes » ,alors même que la solution finale n’est pas encore décidée. En outre, il est prévu qu’une partie de la population soit réduite en esclavage afin d’alimenter la grande machine industrielle allemande.

Les premiers plans établis, Hitler décide par la directive n°21 de fixer l’attaque au 15 mai 1941. Elle est finalement repoussée au 22 juin  en raison de manœuvre dans les Balkans.Cette opération prend le nom de Barbarossa , en hommage à Frédéric  Barberousse , empereur romain germanique (1122-1190) et symbole de la grandeur allemande. L’état-major allemand n’avait aucun doute sur les chances de  succès  de l’opération Barbarossa. L’armée de Hitler disposait en effet de ressources humaines et matérielles considérables . A la veille des opérations, elle compte 157 divisions( sur les 208 de l’armée de terre) dont 17 blindées et 13 motorisées. A ces effectifs peuvent être ajoutés ceux des alliés allemands , à savoir une quinzaine de divisions finlandaises ( entrée dans l’axe le 26 juin 1941) , 14 divisions roumaines, 2 hongroises et 2 slovaques, trois pays qui se sont alliés à l’Allemagne nazie en novembre 1940 ( auxquelles s’ajouteront 3 divisions italiennes à partir du 36 juin 1941)Dés le mois de février 1941, Hitler déplace ses troupes vers l’est, mais pour ne pas attirer l’attention des Russes, il prend soin de les garder stationnées  jusqu’au dernier moment derrière la ligne Radom-Varsovie (ligne ferroviaire reliant les deux ville polonaises et carrefour des voies de communication nord-sud et est-ouest) ;

 La guerre –éclair menée par l’armée allemande nécessite un appui aérien et un équipement moderne conséquent. Hitler mobilise pour l’opération Barbarossa plus de 3 500 chars dont plus de la moitié sont des véhicules lourds, un peu plus de 7 000 pièces d’artillerie. La Luftwaffe aligne quant à elle 1 600 bombardiers et 900 chasseurs ce qui représente  environ les deux tiers du potentiel aérien allemand, tandis que le reste des ressources est consacré à la lutte contre la Grande-Bretagne. Le 22 juin , Hitler se prépare à ouvrir un second front alors même que la bataille d’Angleterre n’est pas terminée.

 Du côté d e L’URSS ,il est difficile de quantifier avec exactitude les effectifs et les équipements. Cependant, les historiens s’accordent à penser qu’elle disposait d’environ 4 700 000 hommes en juin 1941. A noter qu’à la veille de l’opération Barbarossa , l’Armée Rouge est en pleine réorganisation : l’âge de la conscription  a été abaissé et la durée du service militaire allongée, ce qui permet  aux soviétiques de disposer d’un réservoir supplémentaire de dix millions d’hommes dont six millions ont déjà suivi une préparation militaire intensive. Ainsi, Staline aligne sur le front ouest 170 divisions , dont 32 blindés et plus de 20 divisions de réserve. Il e faut pas pourtant se méprendre sur cette apparente supériorité numérique puisqu’une division soviétique compte 8 000 soldats quand son équivalent allemand en regroupe 14 à 16 000 soit le double. Au niveau équipement , il est admis que les Russes disposait de 10 à 15 000 chars, d’environ 1350 bombardiers , 2 000 avions de chasse et 800 avions de reconnaissance. Pour ce qui est de l’artillerie, l’URSS met en place plus de 37 000 canons et mortiers. A noter cependant qu’une grande partie du parc soviétique est ancien et que les grands programmes de renouvellement  devaient permettre à l’Armée rouge de disposer d’un matériel modernisé  pour l’année 1942.

En somme le ratio des forces était le suivant : un peu plus de trois millions d’hommes du côté allemand pour deux millions et demi côté soviétique. Les Allemands bénéficiaient pour leur part d’un armement globalement à la pointe et de soldats expérimentés qui ont déjà fait leurs  preuves lors des campagnes de France et de Pologne. La Russie quant à elle dispose d’un avantage de taille : un territoire immense, des industries de défense à l’abri du front (elles ont été déplacées dans l’Oural) et d’une population de 170 millions d’habitants alors que le Reich n’en compte que 70 millions.

 De plus, c’est à cette période que les entreprises d’armement russes furent transférées en Sibérie afin de s’assurer une base arrière en cas d’attaque , ce qui laisse supposer que Staline n’était pas dupe quant aux intentions d’Hitler.

 Pourtant alors qu’une des plus grandes batailles de la Seconde Guerre mondiale se prépare , nombre d’historiens s’étonnent que Staline ne ressente pas la menace imminente du dangereux voisin nazi et ce malgré un réseau de renseignements organisés et performant.

 Dés 1936, le célèbre Richard Sorge (agent russe  sous couverture allemande) fournit des informations capitales sur les relations entre le Japon et l’Allemagne nazie, et en 1941 , il parvient à prévenir l’entourage du chef soviétique de la date du déclenchement de l’opération Barbarossa. L’espion n’est d’ailleurs pas le seul  à avoir mis en garde les autorités soviétiques : dés 1940 , les services secrets britanniques et l’Orchestre rouge(réseau de  communistes  allemands infiltrés dans divers milieux du IIIème Reich ) ont aussi donné l’alerte en vain. Persuadé qu’il s’agit là de l’œuvre allemande   de désinformation et d’intoxication, Staline n’accorde aucun crédit à cette information qui lui aurait évité l’effroyable surprise de voir les Allemands réussir leur fameuse blitskrieg qui infligea aux troupes de l’Armée rouge de sérieux revers , voir aux yeux du Führer  une défaite consommée, et cela dès la fin de la première journée des opérations                                                       L’opération Barbarossa eut un retentissement mondial du fait de sa rapidité , mais surtout parce qu’elle consacre la trahison de l’Allemagne nazie envers l’URSS un an seulement après la signature du pacte de non-agression. Pour autant , les clauses relatives au partage de la Pologne et aux zones d’influence furent longtemps gardées secrètes  par les autorités soviétiques. Ce n’est qu’en 1989 que ces accords furent officiellement reconnus avant d’être rendus publics en 1992, soit 53 ans après la signature du traité.

 (Par Elise Giraud dans Chemins de la Mémoire de juillet/aout 2011)