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La Voie Sacrée

La route nationale 35, reliant Bar-le-Duc à Verdun, longue de 75 km, baptisée « Voie Sacrée » par Maurice Barrès, a conservé depuis cette appellation. Ce nom, étroitement lié à la bataille de Verdun, est partie intégrante du vocabulaire des Meusiens.

Quelle sont les raisons qui ont valu ce nom à cette artère prestigieuse ?

Trois voies ferrées étaient susceptibles d’alimenter la formidable bataille de Verdun :

  • La voie ferrée Châlon-sur-Marne à Verdun, mais dès Aubréville sous le feu de l’artillerie adverse installée dans l’Argonne

  • La voie ferrée de Commercy à Verdun, mais interrompue depuis la prise du fort du camp des Romains et la création de la hernie de Saint-Mihiel depuis le 25 septembre 1914

  • La voie métrique du « Petit Meusien », de Bar-le-Duc à Verdun , de faible débit, mais doublée par la route nationale N35.

Il fallut se contenter de ces deux dernières artères , insuffisantes pour débiter le trafic d’une grande bataille. Le chef de la 2ème armée ordonna d’aménager et d’agrandir cette route sur 60 km, de la gare de Baudonvilliers au faubourg de Glorieux à Verdun (il y a lieu de noter que le commandant de la région fortifiée de Verdun avait ordonné l’élargissement de cet axe dès 1935). Ce travail fut confié au chef d’escadron breveté Gérard et au capitaine breveté Doumenc, polytechniciens ; ils seront les incomparables artisans de cette difficile organisation qui marqua la naissance d’une arme nouvelle à la disposition du commandement, celle des mouvements et transports (Précisons qu’en 1939 , le général d’armée Doumenc était le major général des armées aux G.Q.G du général Gamelin, puis du général Weygand).L’enjeu du combat de ces nouveaux »organisateurs de la victoire », c’est la route de Bar-le-Duc à Verdun a qui la forme de saillant de la défense française confère un rôle capital et sur laquelle il faut maintenir à tour prix la circulation. Cette équipe met en place :

  • Le service automobile

  • La réglementation de la circulation

  • Le service routier

Le 21 février 1916 , au quartier général de la région fortifiée de Verdun, le général Herr lance l’ordre n° 15 suivant :

« La route , de Bar-le-Duc à Verdun, par Rumont et Erize , est interdite de la manière la plus absolue , à tout convoi à chevaux ou à toute voiture isolée hippomobile. Toutes les voitures automobiles s’engageant sur cette route devront se conformer aux consignes qui leur seront données par le service de surveillance .Toute troupe en colonne de voitures, engagée sur cette route au moment de la mise en vigueur du présent ordre, devra l’avoir dégagée le plus rapidement possible. Cet ordre est exécutable dans les trois heures. »

La route est en état de fonctionner le 22 février ; elle transporte dès le 23 le fameux 20ème corps. La « Route de Bar-le-Duc à Verdun »devenue le poumon de la bataille , entre ce jour là dans l’histoire de la Grande Guerre. Le commandement a si bien compris l’importance de cette route qu’il affecte à son entretien un effectif de 13 bataillons de territoriaux (7 à 8 000 travailleurs).Lorsque le 28 février, le dégel provoqua en quelques heures le défoncement de la route et menaça d’isoler Verdun, on ouvrit des carrières proches et, pendant des mois, des équipes de territoriaux , armés de pelles et de pioches, jetèrent sans relâche des pierres que les camions écrasaient, car il était impossible d’employer des rouleaux compresseurs qui eussent gêné le trafic ; mais non sans dommages aux bandages des véhicules.

Il faut alors penser aux problèmes posés par les matériels utilisés, ces premiers Berliet :bandages de roues, éclairage à l’acétylène, moteurs fragiles, transmission par chaîne, suspension rudimentaire, multipliaient les difficultés de conduite et d’entretien, augmentaient les risques de pannes. Or la panne signifiait la mort du véhicule, impitoyablement versé dans le fossé pour que le trafic continue. La direction des transports fit preuve d’un zèle et d’une ingéniosité remarquable : les parcs automobiles de Bar-le-Duc et de Troyes améliorèrent rapidement leur outillage, les presses hydrauliques a bandage caoutchoutés fonctionnèrent nuit et jour ; on improvisa la fabrication de pièces de rechange, on mis sur pied des sections de dépannage, et les camions purent poursuivre la noria de nuit comme de jour , dans les deux sens de circulation , à la cadence d’un véhicule toutes les 14 secondes.

C’est sur ce maigre fuseau que les 65 divisions engagées successivement sur le front de Verdun allaient se mettre à tourner sans arrêt pendant sept mois :

  • Sur le « Petit Meusien », vingt trains par jour

  • Sur la « Route », neuf mille véhicules, puis onze mille en juin, pour permettre six mille passages de camions en vingt-quatre heures , soit un toutes les 14 secondes.

(documentation du colonel(CR) Hubert Mangenot , président d l’amicale des anciens de l’arme du train)