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Sur les pas du père Brottier et de Georges Clémenceau n1

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Le père Daniel Brottier

Une formidable force de caractère entretenue par un dévouement absolu.


Le 2 février 1936. dans l'institution des Orphelines et Apprentis d*Auteuil, le Père Brottier devait être rempli d émotion car ce jour là. en effet, avait lieu la consécration de la cathédrale de Dakar élevée à la mémoire de tous les morts pour l'Afrique, une oeuvre à laquelle il avait consacré tant d'années de sa vie. la dernière à être aboutie.

Aussi, à ce moment, s'il s'est retourné un instant sur son passé, le futur Bienheureux Père Brottier a pu se remémorer une vie faite de combats en temps de paix comme en temps de guerre.

Cette vie avait vu le jour en 1876 au sein d'une humble famille de Beaugency.

Daniel Brottier fut ordonné prêtre à vingt-trois ans. le 22 octobre 1899. Après un bref passage comme professeur au Lycée de Pontlevoy. il part au Sénégal en 1903, attiré depuis longtemps par la vie de missionnaire, après avoir intégré l'ordre des Pères du Saint Esprit et. ce. contre l'avis de ses proches car d'une santé précaire. C'est là qu'il fera la connaissance du Révérend Père Jalabert.

Monseigneur Jalabert, ancien aumônier des bagnes de Guyane, avait été nommé évêque de Dakar après que son prédécesseur, Monseigneur Buléon, fut emporté par la fièvre jaune lors de la terrible épidémie de 1900. En parcourant son immense diocèse, il avait rencontré beaucoup de tombes de missionnaires et de soldats.

C'est ainsi qu'il eut l'idée de la construction d'un sanctuaire à la mémoire de tous, missionnaires, soldats, civils qui avaient donné leur vie pour l'Afrique.

Il créa ainsi "Le Souvenir Africain", destiné à collecter les fonds nécessaires à l'édification de la cathédrale de Dakar.

La santé déficiente du Père Brottier amène son médecin à ordonner son rapatriement en juin 1911.

Après un bref séjour à la Trappe des îles de Lérins qui le convainquit que son avenir était dans l'action, il revint à la Consécration des Pères du Saint Esprit.

Appartenant au Vicariat apostolique de Dakar, son évêque. Mgr Jalabert lui confia une mission qu'il allait conserver jusqu'à sa mort : la direction, à Paris de l'œuvre du "Souvenir Africain". Pour lui faciliter la tâche, il lui donna le titre de Vicaire général de Dakar malgré son jeune âge (35 ans). En 1912, la décision est prise d'élever la cathédrale dans la ville la plus considérable de l'A.O.F., la ville dont le port le plus vaste et le plus visité constitue dans cette partie du monde, alors le boulevard militaire et maritime de la France, la ville par laquelle presque tous les pionniers sont passés, celle où est mort Savorgnan de Brazza : Dakar.

Mais le tocsin du 2 août 1914 va interrompre, pendant près de cinq ans. l'activité du 'Souvenir Africain" et sa quête des fonds nécessaires à la construction de l'édifice.

 

LA CATHEDRALE DE DAKAR

Le "Souvenir Africain"

Entre-temps, le Père Brottier avait retrouvé Mgr Jalabert qui avait sillonné en tous sens le Sénégal à pied, à cheval, en pirogue et à dos de chameau pour soutenir les cœurs, éclairer les esprits, entretenir chez tous la flamme du patriotisme ce qui valut bien des enrôlements volontaires parmi les populations de la brousse africaine.

La mort a fait des vides parmi les membres du Comité du "Souvenir Africain". Il est reconstitué sous la présidence d'honneur du Maréchal Foch. D'autres grands noms de l'armée, notamment Gouraud et Mangin s'y inscrivent.

Le bulletin du "Souvenir Africain pour nos morts" reparaît. Les souscriptions affluent. Tant et si bien que les plans peuvent être établis suite à un concours d'architectes. Le "Souvenir Africain" a repris un nouveau souffle, stimulé par l'ardeur du Père Brottier.

Mgr Jalabert ne peut rester plus longtemps en France et doit retourner à Dakar.

 Le Dimanche 11 janvier 1920 il s'embarque, à Bordeaux, sur "l'Afrique"avec 18 pères du Saint Esprit. Le lendemain 12 janvier, aux premières heures du jour, "l'Afrique" disparaissait au large de l'île de Ré.

 

Cathedrale dakar

Sur les 599 passagers, on ne retrouvera que 36 survivants mais aucun des religieux n'en Fit partie. Quelques jours plus tard, les flots déposaient, sans l'avoir endommagé, le bréviaire de Mgr Jalabert. la seule épave jamais recueillie de « l'Afrique ».

 Brottier clemenceau

Ce fut un coup terrible pour la congrégation du Saint Esprit et pour le Père Brottier qui perdait une de ses plus grandes affections. Car, en même temps que son évêque, il perdait aussi celui avec qui il avait été si intimement lié dans sa conquête des âmes à Saint louis du Sénégal et qu'il appelait son "petit frère" : le Père Marius Testault. de Blois.

 Le père Brottier reste seul pour s'occuper du "Souvenir Africain".

 

 LA CREATION DE L'UNC

"Unis comme au front"

 Dès 1916, au plus fort des engagements le Père Brottier avait pensé à unifier les combattants. L'Union Nationale des Combattants a connu un début d'existence dès la fin de 1917. Le Père Brottier en avait jeté les bases, aidé par des officiers amis, le général Léon Durand, MM. Isaac, Bertrand. Hubert Aubert, Margerin etc.. 

Les fonds manquent mais le Père Brottier, à l'une de ses permissions, va trouver Georges Clemenceau et lui expose son projet de faire garder aux poilus dans la paix l'amitié qui les a unis dans la guerre. 

Le Tigre, qui s'y connaît en hommes, a jugé d'un coup d'oeil son interlocuteur.

Mon Père, lui dit-il, vous avez une idée magnifique. Des deux mains, je vous approuve et je vous encourage. Et non seulement je vous approuve : mes paroles ne suffisent pas, il faut des actes. Voici cent mille francs qui m'ont été remis récemment par une pauvre mère qui a perdu son fils à la guerre. Ils sont à vous pour les premiers frais de l'U.N.C. Je vous les donne. Puissiez-vous faire du bon travail !

 En 1916, M. Colmant, un grand mutilé de guerre avait proposé à M. Margerin, ancien lieutenant de chasseurs également grand mutilé qui venait d'être démobilisé, de créer une association regroupant les anciens combattants. Il le convia chez lui, ainsi que le Père Brottier et quelques autres à une première réunion sur le sujet. Lors de celle-ci, une majorité des participants voulaient restreindre l'accès de l'association à des personnes très sélectionnées, catholiques avant tout. 

M. Margerin et le Père Brottier indiquèrent que l'après-guerre exigerait tant de besoin d'union, à la manière de celle de la guerre, qu'il leur semblait préférable de créer une union apolitique et non confessionnelle, largement ouverte à toutes les bonnes volontés de quelque religion qu'elles fussent.

Le père Brottier évoqua le champ de bataille où il se penchait sur toutes les souffrances et tous les agonisants, faisant valoir que Dieu aimait toutes ses créatures. Il termina en proposant aux participants de se regrouper sous la devise "Unis comme au Front" qui devint celle de l'U.N.C.

Une petite revue fut créée pour former le noyau directeur, sur lequel le Père Brottier veilla, en écrivant à quelques amis : Humbert Isaac, le général Durand, Hubert Aubert, Charles Bertrand. Ce fut lui qui soutint aussi la petite revue intitulée "La Nouvelle France" également surveillée de près par M. Margerin.

L'U.N.C. fut ainsi créée en pleine guerre. Le général Léon Durand fut son premier président.

 Le Père Brottier demande à ce que l'on trouve des locaux permettant de préparer l'accueil en nombre des anciens combattants.

C'est M. Margerin qui fut chargé de les trouver. Il loua le cinquième étage du 1 3. rue Lafayette. Le locataire avait fui, suite à la chute, a proximité, d'un obus de la grosse Berta. Le précédent locataire étant...le président de la Société allemande de bienfaisance à Paris, en réalité un espion sous état civil de joaillier.

La démobilisation entraîna le surmenage pour l'U.N.C. qui avait à peine eu le temps de s'organiser.

Brottier famille

  Lisons les mots de M. Margerin à ce sujet : "La démobilisation arriva ; elle fut un surmenage pour l'U.N.C Nous aurions presque dit, comme on l'entendait de la bouche de certains industriels déconcertés : - On ne pouvait pas supposer que la paix arriverait aussi vite".

 "Les combattants avaient en main des bons démobilisés, payables au Trésor à un an. Nous en organisâmes l'escompte : en passant à nos guichets, l'argent était remis au combattant; adhérait à l'U.N.C. Nos démarches avait abouti à un crédit d'escompte de cinq d'abord, puis de 25 millions de la part' Banques de Paris. Nous eûmes, par le service   que nous étions seuls à rendre à cette époque aux combattants,l'occasion de passer de 1 5 000 adhérents à environ 600 000".

Puis, en 1923, alors que l'entreprise avait pris sa vitesse de croisière, le Père Brottier en quitta le Conseil d'Administration, sachant qu'elle était apte à remplir sa mission.

 Defile

 

 

 

 

 

 

LES ORPHELINS APPRENTIS D'AUTEUIL

 Apprentis auteuil



Un soir d'hiver 1865. l'abbé Roussel aperçoit un entant qui fouillait dans un tas d'ordures.

 Il l'interroge : "que fais-tu là ?"

 L'enfant répond : "Je cherche de quoi manger !" Aussitôt l'abbé lui dit : "Viens avec moi".

Il le prend par la main, l'emmène, le fait dîner et le couche. L'Oeuvre d'Auteuil était fondée.

 Huit jours plus tard six enfants encombraient sa chambre car. à cette époque beaucoup d'enfants, orphelins ou abandonnés se trouvaient livrés à eux-mêmes dans les rues.

Le père Roussel décida de trouver un refuge pour ses protégés. Il découvrit une villa abandonnée à Auteuil. Il savait aussi mendier, sachant mettre son amour-propre de côté quand il s'agissait de ses enfants recueillis. Puis il développa différents ateliers d'apprentissage ce qui nécessite des fonds qu'il n'a pas toujours. A force de se dépenser, il finit par remuer l'opinion, reçut des subsides, le prix Monthyon de l'Académie française et une souscription de 330 000 francs destinée à éponger un passif de 200 000 francs.

Chateau orphelins Chapelle auteuil

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est ainsi que l'Oeuvre continua de s'étoffer jusqu'en 1897. date à laquelle le Père Roussel, âgé de soixante dix ans. remit sa démission à Mgr Richard, archevêque de Paris qui nomma à sa place l'abbé Daniel Fontaine. Puis il y eut l'abbé Blétit en 1901. puis l'abbé Muffat en juillet 1914.

Tous continuèrent de développer et de préserver, voire de reconstruire (une partie des ateliers furent détruits par un incendie en 1915) l'Oeuvre.

 Salle classeChapelle oaa marseille

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'ACCOMPLISSEMENT

"Le couronnement d'une vie tournée vers la charité"

 Ainsi, le Père Brottier multiplie les actions de souscriptions pour la cathédrale et le 16 mars 1923, un magnifique terrain peut enfin être acquis sur le plateau qui domine la ville, près du palais du gouverneur, à l'emplacement d'un ancien cimetière où avaient été enterrés les premiers missionnaires. Le vœu de Mgr Jalabert et du Père Brottier "que la cathédrale soit haut placée et vue de loin" sera réalisé.

Le 11 novembre de la même année, c'est la pose de la première pierre sans le Père Brottier resté modestement à Paris pour continuer son apostolat de quêteur par l'organisation d'une vente de charité le même jour.

La veille, le vicaire général du Sénégal, secrétaire-trésorier du "Souvenir Africain" deviendra le Père des Orphelins-Apprentis d'Auteuil. Il accepte cette tâche à laquelle il se donnera de toutes ses forces tout en continuant à soutenir le "Souvenir Africain".

 L'Oeuvre possédant maintenant de vastes ateliers, des dortoirs aérés et des jardins spacieux, la première modification apportée par le Père Brottier est de transformer un hangar qui servait de lieu du culte en véritable chapelle dédiée à la Bienheureuse Thérèse de l'Enfant Jésus qui, vingt cinq ans plus tôt avait prié pour les orphelins d'Auteuil. L'inauguration a lieu le jour de Noël 1925.

Les fonds arrivent difficilement mais toujours à temps. Il a toujours eu recours à Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus à qui il demande son aide dans les moments difficiles et qu'il remercie à chacun des dons reçus à point.

Entre 1928 et 1932. des travaux d'agrandissement sont menés à Auteuil.

En 1931, c'est la première annexe à St Charles du Vésinet. puis en 1932 à la Motte-Grenet en Charente Maritime, d'autres suivront en Bretagne, dans le Centre et à Nice sous la forme d'annexés agricoles.

En 1932. il lance la revue "Missions" pour le compte de l'Oeuvre d'Auteuil. Elle compta vingt mille abonnés au bout d'un an et plus de quarante mille en 1935.

En mars 1932. le Père Brottier fut admis avec Mgr Le Hunsec à l'audience du Pape Pie XI qui l'interroge sur l'œuvre d'Auteuil. puis le bénissant avec une particulière affection lui dit : "Agrandissez-vous. Elargissez les espaces de la charité

 "Les Foyers à la Campagne"

En 1933. c'est la création des "Foyers à la Campagne", œuvre qui place des orphelins dans des familles rurales.

and il a pris les rênes de l'association, elle comptait 140 enfants. A sa mort, il laisse une association forte de 1400 orphelins répartis dans plusieurs centres ouverts dans toute la France.

C'est cette même année que le Père Brottier est fait officier de la légion d'honneur par le gouverneur militaire de Paris, le général Gouraud. un ami de 25 ans qu'il avait connu au Sénégal.

Et en ce 2 février 1936. c'est la consécration de la cathédrale de Dakar à laquelle il n'assistera pas en raison de son état de santé.

C'est aussi le couronnement de toute une vie tournée vers la charité et, malgré des problèmes de santé qui l'ont pris dès sa jeunesse, emplie des plus hautes responsabilités y compris au cours d'une guerre dont il sera un acteur déterminant pour ses camarades de combat au cours de tant de batailles sanglantes durant ces quatre années.

 II  aura mené à leur terme : la création de l’ U.N.C, la réalisation de la cathédrale de Dakar et l'extension et la maîtrise de l'Oeuvre des orphelins d'Auteuil et celle, annexe, des Foyers à la campagne.

Le lendemain de l'achèvement de ses missions, le père Brottier se couche dans la matinée pour ne plus se relever. Il s'éteindra le 28 février succombant à la maladie qui ne l'avait jamais quitté..

Le Père Brottier sera inhumé le 2 mars 1936 dans la chapelle de Sainte-Thérèse d'Auteuil.

 Les trois œuvres à laquelle il a consacré sa vie lui ont survécu et sont aujourd'hui toujours dynamiques. Il les a mené à la force d'un courage et d'une abnégation dynamisés par le ressort principal de sa vie : la charité. Le Père co-fondateur de l'UNC disait d'ailleurs : "Quand je saurais toutes les langues des anges et des hommes, si je n'ai pas la charité, je ne suis qu'un airain sonnant ou une cymbale retentissante !".

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